Le bras de fer financier opposant la société américaine PayServices à la République démocratique du Congo (RDC) prend une nouvelle dimension internationale. Après avoir déposé une plainte fédérale dans l’État américain de l’Idaho, la firme technologique affirme avoir apparemment saisi deux régulateurs occidentaux majeurs : la US International Development Finance Corporation (DFC) aux États-Unis et la Financial Conduct Authority (FCA) au Royaume-Uni.
Cette évolution transforme un litige commercial en un risque de conformité susceptible de peser sur la signature financière de l’État congolais et sur ses partenariats stratégiques, selon un communiqué de PayServices reçu par Radio Okapi le 10 février.
Un différend financier qui s’internationalise
L’affaire débute autour d’un montant initial de 20 millions de dollars que PayServices, enregistré dans l’état américain de l’Idaho, affirme le devoir de percevoir du Trésor public congolais. Kinshasa, de son côté, considère le dossier comme clos, alléguant une tentative de fraude bancaire.
Dans un communiqué du 13 janvier, le ministère du Portefeuille qualifie l’opération d’« entreprise frauduleuse », accusant PayServices d’avoir revendiqué un statut bancaire pour tenter d’accéder à des ressources souveraines.
Mais la société américaine contre‑attaque. Elle affirme n’avoir jamais prétendu être une institution bancaire, ses activités étant strictement technologiques, notamment dans le cadre de projets de modernisation de l’économie congolaise. Elle soutient également avoir reçu une approbation écrite du cabinet du Président Félix Tshisekedi.
Une plainte fédérale chiffrée à près de 4 milliards de dollars
Malgré la position congolaise, PayServices a porté le dossier devant la justice fédérale américaine, réclamant désormais près de 4 milliards de dollars pour :
ingérence délictuelle, complot civil, pertes liées à des investissements technologiques réalisés dans le cadre du partenariat.
Cette plainte marque un changement d’échelle : le litige n’est plus cantonné à une relation bilatérale, mais progresse désormais dans les rouages de la justice et de la régulation internationales.
La DFC et la FCA doivent être notifiées
Dans son communiqué, PayServices révèle avoir notifié :
La US International Development Finance Corporation (DFC), l’agence fédérale qui supervise les investissements américains à l’étranger, notamment dans les projets stratégiques (infrastructures, technologies, ressources naturelles). La Financial Conduct Authority (FCA), le régulateur financier du Royaume-Uni, responsable de la surveillance des marchés, de la conformité bancaire et de la transparence des investissements internationaux.
Un impact diplomatique redouté par PayServices
Pour l’entreprise américaine, les conséquences dépassent le cadre financier.
Dans son communiqué, elle avertit que ce contentieux pourrait fragiliser les avancées diplomatiques récentes de la RDC à Washington, et nuire à certains projets régionaux majeurs, notamment le Corridor de Lobito — un axe stratégique soutenu par les États-Unis.
PayServices estime que l’implication de la DFC et de la FCA transforme ce dossier en un test de transparence, de gouvernance et de respect des engagements contractuels pour l’État congolais.
Kinshasa maintient sa position
Malgré l’internationalisation du dossier, les autorités congolaises réaffirment que l’affaire relève d’une tentative de fraude bancaire et que PayServices ne disposait d’aucune légitimité pour réclamer des fonds du Trésor.
Jusqu’ici, Kinshasa considère toujours l’affaire comme réglée, même si elle évolue désormais dans plusieurs juridictions internationales.






