Il existe des hommes qui rêvent, d’autres qui agissent. Et puis, une catégorie : ceux qui rêvent avec passion et obstination que leur songe finit par se confondre avec une réalité collective. Jean-Marie Tshizainga, président et fondateur du FC Blessing Lualaba appartient, sans l’ombre d’un doute, à cette dernière catégorie, une espèce en voie de disparition dont la faune sportive se nourrit aussi bien de panache que d’acharnement. Président depuis la création du club en 2017, Jean-Marie Tshizainga s’est employé, avec une gravité quasiment monastique, à persuader ses joueurs, ses supporters et même ses détracteurs que Blessing FC peut, sans rougir, prétendre à une place au banquet africain sur les 3 prochaines années de son mandat.
Blessing FC n’est pas encore l’égal d’Al Alhy ni même du Tout Puissant Mazembe dont les trophées garnissent les armoires comme les étoiles d’un ciel tropical, axiome ! Dans l’imaginaire flamboyant de son président, ancien vice-président du FC Lupopo, chaque match gagné à domicile vaut une demi-finale continentale et chaque nul à l’extérieur sème la promesse d’une épopée. On pourrait sourire de tant d’optimisme si l’homme n’y mettait pas une sincérité désarmante. Car, Tshizainga croit ! Le plus drôle dans cette histoire : il croit avec une noblesse qui rend presque inconvenant le scepticisme.
La Coupe de la Confédération Africaine de Football, l’ambition proclamée
« Cette saison, nous ne ferons pas les mêmes erreurs que les saisons précédentes », a déclaré Jean-Marie Tshizainga, d’un ton calme quasiment professoral dans la foulée de sa réélection à la tête du FC Blessing. Il faut une bonne dose d’ironie pour voir dans chaque échec une étape vers le triomphe, mais l’homme en a fait un art. Il fallait oser. En reconnaissant les erreurs passées, Tshizainga démontre ce sens rare de l’autodérision qui, chez d’autres, serait interprété comme une faiblesse. Mais chez lui, cela ressemble à une stratégie de communication. C’est là, peut-être, sa grande force : transformer les faux pas en esquisses préparatoires, les défaites en brouillon d’épopée.
« Nous avons l’objectif de jouer la Coupe de la Confédération Africaine de Football dans les trois prochaines années », Tshizainga ne s’embarrasse pas de demi-mesures. Trois ans, une éternité pour le supporter pressé, mais une respiration pour le stratège. Certains présidents vivent au rythme des élections ou des derbies, Tshizainga, en ambitieux, respire l’air rarifié des stades continentaux, comme si le ciel de Kolwezi s’ouvrait directement sur celui de Rabat ou du Caire. Le FC Blessing n’a pas encore soulevé un trophée Africain, mais il a déjà soulevé une conviction : celle qu’aucun rêve n’est trop grand pour lui.
Jean-Marie Tshizainga ou l’entêtement devenu vertu
Il est de bon ton, dans le microcosme du football, de qualifier d’obstination ce que d’autres appelleraient aveuglement. Mais, chez Tshizainga, l’entêtement prend les habits de la noblesse. Là où les cyniques voient un président arc-bouté sur son rêve, ses affidés louent une constance à ne point ployer. Après tout, n’est-ce pas grâce à ce même entêtement que Blessing s’est maintenu dans l’élite depuis bientôt cinq saisons? Dans un championnat où la descente menace, durer est déjà une forme de gloire.
La régularité du club en Linafoot depuis cinq ans donne, à ses propos, une consistance que l’on ne saurait balayer d’un revers de main. Dans un championnat où l’instabilité est presque une tradition, Blessing se tient droit, discret mais constant, tel un arbre solide dans une forêt de roseaux. C’est là, sans doute, la plus grande victoire silencieuse de Tshizainga : avoir bâti la normalité dans un univers où la turbulence est reine.
Tshizainga le sait, la régularité au plus niveau du football est la plus belle des qualifications. Nous devons à la vérité de reconnaître qu’on ne grave pas la régularité sur une coupe, c’est une évidence qui ne se nie pas. Mais, l’homme n’en démord pas. Il bâtit pierre après pierre, conviction après conviction. Dans cette patience obstinée, certains discernent une sagesse biblique, d’autres un entêtement quasi enfantin. Mais, reconnaissons à Tshizainga le mérite rare, celui de ne pas céder à la facilité de l’abandon.
Jean-Marie Tshizainga a un rêve, non pas celui de Martin Lutter King
Le chemin vers la Coupe de la Confédération Africaine de Football est loin d’être un long fleuve tranquille. Jean-Marie Tshizainga le sait mieux que quiconque. Mais pour lui, les obstacles sont à la compétition ce que les ornements sont à la cathédrale : des décorations encombrantes, certes, mais qui rehaussent la beauté de l’ensemble.
Rêver de la Coupe de la Confédération Africaine n’est pas une lubie passagère pour Tshizainga. C’est un horizon, une obsession peut-être, mais une obsession noble pour celui qui a connu la gloire des stades africains avec le FC Lupopo, c’était il y a près de deux décennies. Il est tentant de sourire devant tant d’assurance. Et pourtant, n’est-ce pas là le propre de toutes les grandes aventures ? Les sceptiques riront toujours avant d’applaudir.
Blessing FC, sous Jean-Marie Tshizainga, n’est pas encore un géant, mais déjà une parabole : celle de l’homme qui persiste, du club qui s’accroche, et du rêve qui refuse de mourir. Et si, au détour d’un calendrier, la Coupe de la Confédération devait ouvrir ses portes, on pourra dire que ce n’est pas seulement une équipe qui aura gagné, mais une certaine idée de la noblesse : celle de l’entêtement d’un président, Jean-Marie Tshizainga.
Marco Emery Momo






