En pleine finale de la Coupe d’Europe de football, le ministre des Sports de la République Démocratique du Congo était à Perpignan et dans les Pyrénées-Orientales ces dimanche 14 et lundi 15 juillet 2024. Un déplacement à destination économique qui lui a permis de rencontrer trois entrepreneurs catalans. Avec Goleador, confie-t-il, le contrat est conclu “à 99 %”.
Petit entraînement improvisé ce lundi vers midi à l’arrière de l’usine Caustier à Perpignan. Costume crème et chemise blanche, baskets aux pieds, Didier Budimbu est à la réception des balles sur le bitume de la zone de chargement. Très à l’aise au milieu de sa délégation congolaise, il découvre in situ le fonctionnement de la machine pour laquelle il a fait le déplacement. Entre autres du moins. Car ce lundi 15 juillet, le ministre des Sports et des Loisirs de la République Démocratique du Congo est sur le point de finaliser un contrat engageant son pays et la société perpignanaise Goleador. Une quinzaine de ses lance-ballons devrait prochainement partir pour l’Afrique centrale, équiper des clubs de foot ou autres centres d’animations pour jeunes dans le cadre d’une politique sociale d’accompagnement par le sport.
Le lance-ballons dont il est question est aujourd’hui à la pointe de ce qui se fait au niveau mondial. “Nous équipons les fédérations de foot du Maroc, du Qatar, des Seychelles ou de Malaisie, énumère Denis Sobra, président de Goleador. En France, nos moteurs entraînent les joueurs du PSG, ou des clubs de Toulouse, Montpellier, Amiens…” Il présente son outil comme une technologie de pointe, numéro de 3 années de recherche et développement couronnées par “trois familles de brevets” qui en font un procédé unique au monde.
De droite à gauche, le président de Goleador Denis Sobra, le ministre des Sports de RDC, Didier Budimbu et le président de la CCI des P.-O. Laurent Gaze. Charles Baron
Un long travail avec Jean-Pierre Papin
Doté d’un réservoir d’une capacité de 35 ballons, l’appareil le propulse, par le biais d’une télécommande, à divers niveaux de puissance, pouvant aller jusqu’à 120 à 130 km/heure, à une distance de 45 mètres, soit la moitié d’un terrain. La trajectoire de la balle est également modulable, soit en tir droit, soit en courbe vers le haut. “Un ressort et un bras mécanique permettent d’avoir une précision inégalable, notamment en matière d’angle”, développent le président Denis Sobra et son expert formateur Stéphane Darmon. “On a beaucoup travaillé avec Jean-Pierre Papin pour imiter au mieux l’angle de tir d’un pied humain. On était à deux doigts de mouler son pied”, s’amuse Denis Sobra. Plus sérieusement, avant-t-il encore, “chez nos concurrents, les ballons partent en hauteur, alors que le Goleador le lance au ras du sol, ce qui est plus réaliste.”
C’est dans l’usine Caustier de Perpignan, installée près du Chemin de la Poudrière au Nord de la ville, que sont fabriqués les lanceurs de ballons. Charles Baron
Il s’agit d’un outil de performance utilisé pour la formation des entraîneurs, l’entraînement des joueurs bien sûr en leur permettant d’automatiser le geste par la pratique répétitive. Mais il est aussi largement exploité dans l’événementiel au titre d’animation. Il est customisé par une bâche, elle – même fabriquée par MTM à Perpignan, qui permet de le personnaliser à l’envi. Ainsi le lance-ballons a participé à des tournées promotionnelles pour des marques comme Nike, Orange, Coca-Cola. Il a participé à des tournées partout en Europe, aux USA, au Brésil, au Qatar…
Kylian Mbappé a participé à un clip vantant les mérites de l’appareil conçu, fabriqué et commercialisé à Perpignan. Charles Baron
25 000 à 45 000 euros pièce
Au final, ce matériel est 100 % perpignanais, puisqu’il est fabriqué dans l’usine Caustier au Polygone nord. Construite par lots d’une quinzaine, la production peut monter jusqu’à 60 par an. Il est commercialisé, en fonction des options, entretien, formation, maintenance, et des modalités d’exportation, entre 25 000 et 45 000 euros pièce.
Le lanceur de ballons a aussi pour vocation d’assurer des animations foot sur les événements, s’adaptant à chaque fois aux couleurs du sponsor : Coca-Cola, Orange, Nike. Charles Baron
Ce contrat avec la RDC est le fruit d’environ 18 mois d’échanges. Mais il est surtout le début de l’ouverture potentielle d’un marché pour plusieurs entreprises françaises, et notamment locales. Contacté en tant que membre de la filière Sport France, ainsi que du Collectif Foot France et du groupement de sociétés françaises du sport baptisé Sportech, Denis Sobra a été “mandaté” par la RDC pour sa connaissance des acteurs sachant travailler à l’export, et plus spécifiquement, avec l’Afrique. Sa mission est de “formaliser et coordonner un pool d’entreprises françaises en même de leur apporter un savoir-faire et des technologies sur les infrastructures des stades, la fabrication des pelouses etc.”
Laurent Gauze, président de la CCI 66, Didier Budimbu, ministre des Sports congolais et le président de Goleador Denis Sobra. Charles Baron
Dans cet objectif, il rassemble une délégation qu’il accompagnera fin août en RDC. Mais sans attendre jusque-là, le ministre Budimbu a rencontré deux autres sociétés retenues dans les Pyrénées-Orientales : le Maillot français et Adamentis. Les contacts sont pris.
Sur les rangs, deux autres sociétés catalanes, Le Maillot français et Adamentis
Le patron de Goleador a travaillé, avec la CCI des Pyrénées-Orientales, à rassembler un panel d’offre locale pouvant répondre à la demande de la délégation du ministère des Sports congolais. Il pourrait avoir visé juste en proposant le savoir-faire du Maillot français, spécialiste de la création de maillots de sport, notamment à partir de plastique recyclé, installé à Perpignan. Une spécificité qui a eu tout particulièrement l’oreille de Didier Budimbu, séduit par l’idée de trouver un moyen de valoriser la masse infinie de plastique qui pollue son pays.
Autre rencontre, celle de la société Adamentis, qui excelle notamment dans la création de datacenters éco-responsables à bas carbone, comme celle installée au Boulou. Son patron Vincent Podlunsek, spécialiste de la protection des données, se lance depuis quelque temps sur le marché africain. Il œuvre à proposer à la République du Congo un mailage de mini datacenters à travers tout le pays.
“La RDC veut développer son football à travers toutes ses provinces”
“Notre expert a contacté Goleador, explique le ministre congolais de la République Démocratique du Congo, Didier Budimbu, car nous voulons notre développement du football à travers toutes nos provinces”. En précisant que la RDC, c’est “plus de 2 millions de mètres carrés”, histoire de donner une idée de l’ampleur du potentiel du marché. D’autant que les ambitions du ministre ne s’arrêtent pas à la pratique du pied de haut niveau. Même si l’équipe nationale s’est hissée en demi-finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2024, une belle saison pour la RDC qui doit aiguiser l’appétit des pratiquants à tous les niveaux. Le ministre aussi “la hausse de la délinquance (qui) prend beaucoup trop d’ampleur, nous devons occuper les jeunes et les détourner de loisirs qui ne sont pas assez sains”.
Il songe donc non seulement à réhabiliter les stades, mais à se servir des outils Goleador dans une politique sociale dans un pays où “les jeunes représentent 70 % de la population”. L’action doit passer, selon le ministre, par une relance du sport scolaire. “Il est non seulement indispensable et obligatoire, mais nous voulons aussi remettre en place les compétitions entre écoles, il faut redonner plus de place au sport.”
De sa visite chez Caustier à Perpignan et de la démonstration du lance-ballons Goleador, Didier Budimbu s’est dit ce lundi “convaincu”. “Le contrat (engageant l’Etat de RDC, NDLR) est signé à 99 %, lâche-t-il, confiant. Avant d’avoir rencontré le patron d’Adamentis pour évoquer l’éventuelle implantation de datacenters, il se dit “émerveillé” par sa visite dans les locaux du Maillot français. “Quand on sait tout ce que Kinshasa, et le pays, compte de déchets plastiques, les voir ainsi transformés en maillot”, donne des idées au membre du gouvernement congolais. a prévu de les inviter en août. Nous avons un impératif chez nous, évacuer ce plastique qui empêche désormais les sols d’absorber l’eau. C’est une urgence pour nos 100 millions d’habitants. Une fois qu’on en fait du tissu, on peut fabriquer des uniformes, à commencer par ceux de l’armée.
On comprend que, davantage que des maillots, c’est un savoir-faire que le pays souhaite importer. Dans sa quête de solution, le ministre admet avoir trouvé une piste en Côte-d’Ivoire, “mais sans aboutir à la production de tissus”. Une valorisation conçue à Perpignan qui lui semble définitivement prometteuse.






