Likasi n’est pas une capitale provinciale. Elle n’est pas non plus un centre politique. Mais depuis près de cinq saisons, elle possède un privilège rare dans le football congolais : un club en Linafoot Ligue 1.
L’US Panda B52 est plus qu’une équipe. Elle est une preuve d’existence, un drapeau planté dans la géographie sportive nationale.
V.Club, Mazembe, Lupopo, DCMP, tous sont passés par le stade Père Augustin de Kikula, ce rectangle de pelouse artificielle devenu, avec le temps, un théâtre de fierté locale. Likasi regardait enfin le football droit dans les yeux. Puis est venue la saison 2025-2026. Et avec elle, une bascule presque irréelle.
Le classement comme sentence
Les chiffres sont froids, presque indécents tant ils résument une souffrance collective : 12 points, 4 victoires, 14 défaites, dernière place du groupe A. L’US Panda semble avoir souscrit, sans promotion ni résiliation possible, à l’abonnement fidélité du bouquet relégation.
Mais derrière les statistiques, il y a autre chose. Une mécanique plus sourde. Une lente asphyxie.
Quand le sponsor se tait
Olivier Kazadi, patron de l’administration du club, n’a pas tourné autour des mots sur les antennes de Héros TV : « La Gécamines nous a abandonnés. Elle ne nous donne rien, à part le bus pour les déplacements entre les villes. »
La phrase est sèche. Presque administrative. Elle n’en est pas moins violente. Car la Gécamines, propriétaire et sponsor historique, n’est pas un partenaire ordinaire. Elle est une part de l’ADN du club. En se retirant, elle n’a pas seulement fermé un robinet financier : elle a tourné le dos à son propre patrimoine sportif.
Kalemie, le forfait de trop
Les mots trouvent parfois une confirmation brutale dans les faits. À Kalemie, face au FC Tanganyika, l’US Panda n’a pas effectué le déplacement. Match perdu par forfait. Premier rendez-vous manqué de la phase retour. Ce jour-là, le club n’a pas seulement perdu trois points. Il a perdu un peu plus de crédibilité.
Le vestiaire vide et les assiettes aussi
Didier Mweng, journaliste sportif basé à Likasi, dresse un tableau sans fard : « C’est sans doute la pire saison de l’US Panda B52. Le classement à l’issue de la phase aller en dit long. L’équipe occupe le bas du tableau et court un sérieux risque de relégation si les résultats ne s’améliorent pas. »
Pour lui, la cause première est évidente : « La crise financière influence négativement les performances. À en croire le coach Gérard Musakulima, il arrive que les joueurs disputent des matchs sans avoir mangé, et que les séances d’entraînement soient de plus en plus rares pour conserver le peu d’énergie disponible. C’est totalement aberrant dans le football moderne. »
Le football, dit-on, se joue avec les jambes. Mais encore faut-il pouvoir les nourrir.
Une instabilité devenue chronique
L’entraîneur principal a fini par claquer la porte. Les vacances ont duré plus longtemps que prévu. La reprise s’est faite en retard. Aujourd’hui, c’est Pierrot Mutombo, ancien joueur et coach adjoint, qui tient la barre. Un intérim plus subi que choisi.
Didier Mweng poursuit : « L’instabilité interne a empêché le recrutement de joueurs correspondant à la philosophie de jeu du coach. Les éléments présents manquent de motivation parce qu’ils ne perçoivent aucun revenu. C’est comme un père de famille qui travaille sans être payé. Que peut-on attendre de lui ? »
Sur le terrain, le parallèle est cruel, mais juste : l’effort sans récompense finit toujours par s’éteindre. Le corps lâche quand l’entraînement disparaît
« L’absence d’entraînements est rédhibitoire. Le football moderne exige un travail quotidien. Des joueurs qui passent trois ou quatre jours sans s’entraîner sont difficilement récupérables physiquement. Face à des équipes comme Mazembe ou Lupopo, la tâche devient impossible. », Didier Mweng
Les défaites ne sont alors plus des surprises. Elles deviennent des conséquences.
Un modèle économique mal refermé
Il fut un temps où l’US Panda respirait. La Gécamines avait confié au club la gestion de certains rejets miniers, offrant une autonomie financière salutaire. Le club s’autofinançait. Puis la gestion s’est déréglée. Gabegie. Absence de vision durable. Lorsque l’exploitation fut interdite, tout s’est effondré.
Les membres du Comité sportif ont déserté. Rocky Kalonji, président sportif, est resté seul, par amour du club, face à des charges devenues insoutenables. Or, jouer l’Illico Cash Ligue 1 coûte cher. Très cher.
Une crise qui dépasse Panda
Le cas de l’US Panda n’est pas isolé. Il révèle un mal plus profond : l’absence de sponsors solides dans la Linafoot, des clubs portés à bout de bras par des particuliers, souvent dépassés. Certains n’étaient même pas en règle administrativement au début de la saison.
Sur la responsabilité du sponsor, Didier Mweng est catégorique : « Il s’agit d’un abandon. La Gécamines a totalement lâché son équipe. »
Kikula, le stade qui se souvient
Vendredi 23 janvier, le CS Don Bosco s’est imposé 3-1 à Kikula. Le stade n’a pas crié. Il a observé. En silence. Un supporter murmure sans colère : « Nous sommes habitués à perdre parce que l’équipe manque de moyens. Nous demandons aux autorités, aux élus, de venir en aide au club. »
Autrefois, Kikula accueillait les stars du championnat. Jean-Florent Ibenge, alors coach de V.Club, avait attiré des foules de Likasiens venus se photographier avec lui. Ces scènes semblent déjà appartenir à une autre époque.
Vers la disparition ?
Didier Mweng s’inquiète : « Le club pourrait être contraint de se retirer du championnat. Le président sportif n’est même plus capable d’assurer les déplacements. En cas de trois forfaits, l’organisateur devra trancher. »
Dominique Kabamba complète : « La crise a été évolutive, avec un début de saison catastrophique à domicile comme à l’extérieur. Le manque de structures, l’absence de hiérarchie claire et la désorganisation ont affecté le moral de tous. »
Dernier espoir
La solution est connue, mais lourde :
un investisseur solide,
ou un nouveau modèle de gouvernance,
un comité structuré,
des mécanismes d’autofinancement clairs.
Sans cela, l’US Panda risque de quitter la scène nationale. Et avec elle, Likasi perdrait bien plus qu’un club : un miroir, une voix, une fierté. Parfois, la relégation n’est pas qu’une ligne dans un classement. C’est une ville entière qui redescend d’un étage.
Par Marco Emery Momo






