La décision du procureur général ordonnant le gel des comptes bancaires de l’Université Mapon, de ses écoles maternelle, primaire et secondaire ainsi que de l’hôpital Mapon continue d’alimenter une vive polémique au sein de l’opinion publique notamment dans la ville de Kindu, au Maniema. Cependant, la loi anti-blanchiment pourrait expliquer la décision de la justice, explique un juriste, avocat au Barreau de Kinshasa-Gombe.
Ces établissements, appartenant à l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, condamné dans l’affaire Bukanga Lonzo, se retrouvent depuis le 3 mars dans l’impossibilité de fonctionner normalement.
Après la marche pacifique organisée lundi 9 mars par les élèves, étudiants et personnels de l’Université et de l’hôpital Mapon, c’est désormais la Fondation Mapon qui élève la voix. Dans une déclaration publique rendue mercredi 11 mars, elle dénonce une mesure jugée « arbitraire » et appelle à l’intervention du chef de l’État.
La Fondation Mapon dénonce une mesure « dangereuse » pour des milliers de bénéficiaires
Le Dr Mbungu Mulaila, membre de la Fondation Mapon, a lu une déclaration très critique à la rencontre du gel des comptes. Selon lui, cette décision met en péril les services essentiels fournis quotidiennement à la population, menace la survie de plus de 500 agents et leurs familles et expose à des risques majeurs les patients, élèves et étudiants dépendants de ces institutions.
Il déclare notamment :
« C’est depuis le 03 mars que nous avons informé par la TMB que nos comptes avaient été bloqués sur instruction judiciaire, sans qu’aucun document officiel ne nous soit remis. Même les fonds de l’Université Mapon et de l’hôpital Lumbulumbu, logés à la microfinance populaire, sont concernés ».
La Fondation insiste également sur son statut juridique propre :
« La Fondation Mapon est une personne morale dotée d’une personnalité juridique qu’on ne peut fondre avec la personne de Matata Ponyo ».
Elle appelle les autorités à lever sans délai cette mesure jugée contraire à l’intérêt général.
À Kindu, la population s’interroge : que dit la loi ?
La décision a également provoqué des remous dans l’opinion publique à Kindu, où plusieurs citoyens s’interrogent sur la légalité d’un tel gel de comptes visant des institutions éducatives et sanitaires.
Le juriste Me Omar Kigalu, du Barreau de Kinshasa-Gombe largement diffusé par Radio Okapi, apporte un éclairage juridique.
Selon lui, cette affaire relève de la loi du 27 décembre 2022 relative à la lutte contre le blanchiment des capitaux, au financement du terrorisme et à la prolifération d’armes de destruction massive.
Il explique :
« Si le procureur général estime que ces structures ont été créées pour blanchir l’argent détourné du projet Bukanga Lonzo, les articles 114 et 121 lui donnent le pouvoir de surveiller ou geler leurs comptes pour faciliter les enquêtes ».
Il insiste toutefois sur le caractère provisoire de la mesure :
« C’est une mesure conservatoire. Si les enquêtes démontrent que ces structures n’ont aucun lien avec les détournements, le gel sera levé. Dans le cas contraire, les biens pourraient être définitivement saisis ».
En attendant l’issue des enquêtes, les activités des écoles, de l’université et de l’hôpital Mapon sont partiellement paralysées. Les inquiétudes grandissent parmi les parents d’élèves, les étudiants, les patients de l’hôpital et les employés menacés de ne plus être payés.
La Fondation Mapon maintient la pression et appelle le président de la République à se saisir personnellement du dossier pour « rétablir les droits » de ses structures éducatives et sanitaires.






