Ce mardi matin, les tabloïds et médias en ligne de la capitale congolaise commentent largement la sortie médiatique de l’ex-chef de l’État, Joseph Kabila, dans un média belge, ainsi que les initiatives prêtes à la majorité au pouvoir visant à modifier la Constitution, ce qui ouvrirait la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi. Une perspective catégoriquement rejetée par l’opposition congolaise.
Commençons par ce titre à la Une du journal La Tempête des Tropiques : « Dans un entretien accordé à la Libre Belgique, Joseph Kabila s’accuse ! »
L’ancien président sort de son mutisme depuis Goma pour fuir les dérives actuelles.
Le journal précise que l’ex-Chef d’Etat a dit miser sur un soulèvement populaire dans la capitale congolaise ou dans le Grand Katanga, pour « balayer le régime de Kinshasa »
Selon le tabloïd, cette sortie médiatique coïncide curieusement avec l’enquête internationale lancée sur la mort tragique d’une employée de l’UNICEF à Goma. Décès que certaines sources ont attribué à une frappe de drone dont l’origine reste à déterminer.
En évoquant cet incident, l’homme qui a dirigé la RDC comme une colonie rwandaise pendant 20 ans, cherche à se faire passer pour une victime aux yeux de la communauté internationale, en soutenant « qu’il a toujours été visé par le régime de Kinshasa ».
”Bilan chaotique”
Sans se gêner du bilan chaotique qu’il a laissé de ses 20 ans de règne, Joseph Kabila que certains observateurs appellent ironiquement « roi Léopold II » à cause de sa boulimie de s’accaparer des terres, prétend avoir mieux géré la RDC que son successeur et va jusqu’à qualifier celui-ci de « tyran ».
Dans les colonnes du journal belge, rapelle La Tempête des Tropiques, l’homme a craché le morceau sur son plan funeste. Il affirme s’être donné la mission « d’en finir avec le régime de Kinshasa ».
Poursuivant son récit, le journal note qu’à une question sur cette prétendue mission et le rôle qu’il entend jouer demain, Joseph Kabila répond : « Je ne pense pas à demain, je pense à aujourd’hui. Je l’ai déjà dit en mai dernier, il faut mettre fin à cette dictature, cette tyrannie qui vient de s’installer. Et pour y arriver, il faut mobiliser, sensibiliser tous les Congolais, qu’ils soient en exil ou à l’intérieur du pays. Il faut que ce soit une mission pour chacun de nous. Et pour en finir avec ce régime, les Congolais ont à leur disposition l’article 64 de la Constitution ».
Commantant les propositions de Joseph Kabila au média La Libre Belgique, Infos27 revient en détail sur cette sortie médiatique.
Dans ses colonnes, il analyse le poids de ce “retour” dans l’opinion alors que le pays s’interroge sur la stabilité de ses institutions.
Le Phare pose d’ailleurs cette question de fond : « Révision constitutionnelle : Joseph Kabila démocrate ? »
Le confrère se pose la question de savoir si Joseph Kabila est devenu un démocrate, rappelant selon lui, des irrégularités qui ont entaché sa gouvernance.
Le quotidien scrute ce face-à-face à distance entre l’ancien et le nouveau régime autour des verrous constitutionnels.
Dans les lignes de son texte publié dans Une ce matin, le tabloïd précise :
« On n’aurait pu lui concéder cette posture, si son arrivée au pouvoir n’était pas entachée d’entorses à la démocratie que l’on sait. Qu’il lui plaise de lui rappeler qu’il avait réussi à son père, Laurent Désiré Kabila, assassiné en janvier 2001 dans des circonstances restées opaques jusqu’à ce jour, dans le pur style des monarchies du Moyen-âge. C’était au terme d’une réunion expéditive tenue par un club d’amis et proches parents du défunt ».
N’eusse été la poursuite de la guerre de «libération nationale» lancée par des mouvements rebelles (RCD/Goma, RCD/K/ ML, MLC, RCD/N, Mai- Mai) depuis 1998 contre le régime dictatorial de son douteux générateur et les pressions internationales, il n’aurait jamais accepté de partager le pouvoir avec des compatriotes et des infiltrés rwandais dans une période de transition de trois ans, m’attelle le Phare.
Pendant ce temps, sur Actualite.cd, c’est le Prix Nobel de la Paix, Dr Denis Mukwege, qui monte au créneau. Le docteur exhorte fermement Félix Tshisekedi à « ne pas suivre les sirènes du changement constitutionnel », commentant les débats autour de la Constitution.
Alors que la majorité au pouvoir signe et persiste sur le changement/révision de la Constitution, l’opposition, de son côté, fait déjà bloc, rapporte le média en ligne.
L’un des opposants, le docteur Denis Mukwege, a dans une déclaration ce lundi, interpellé le président Félix Tshisekedi à ne prêter les oreilles à ceux qu’ils qualifient des « tambourinaires » autour de lui. D’après le prix Nobel de la paix 2018, ces derniers ne voient que leurs intérêts et ne pensent pas à ceux de la nation. Il l’a averti que ceux-ci sont capables de le « poignarder comme l’ont fait certains partisans de l’ancien régime qui sont dans le gouvernement et les institutions ».
« Nous exhortons le Président de la République à ne pas suivre les tambourinaires, selon leur propre expression, car ils sont là pour leurs intérêts personnels et non pour l’intérêt supérieur de la Nation », at-il écrit avant d’ajouter :
Cette mise en garde est largement relayée par le Congo Nouveau. Le tri-hebdomadaire souligne la teneur du conseil de Mukwege : toucher à la loi fondamentale dans le contexte de crise actuel serait, selon lui, une « erreur historique ». Le journal précise que pour Mukwege, la priorité doit rester la cohésion nationale et le respect du pacte républicain. Sur Actu30.cd, il va plus loin en liant cette tension à la démission de Modeste Bahati du Sénat, qu’il qualifie de « dérive institutionnelle ».
Pourquoi tant de passion autour de ce texte ? Actualité.cd propose ce matin un dossier bilan : « 20 ans de Constitution en RDC ». On y rappelle que sous ce régime, quatre législatures se sont succédées et onze gouvernements ont dirigé le pays. Une stabilité que certains jugent aujourd’hui fragile, tandis que Delly Sessanga, dans les colonnes du Quotidien, présente ce texte comme le « dernier rempart contre l’arbitraire ».






