AboUrgence sanitaire –
L’épidémie de Mpox progresse en République démocratique du Congo
Dans la région du Nord-Kivu, médecins et ONG se battent pour endiguer la résurgence du virus. Les premiers vaccins devraient arriver dans les prochains jours.
Patricia Huon- Envoyée spéciale en RDC
Publié : 15.09.2024, 11h51
Le Mpox suscite des symptômes grippaux et des éruptions cutanées douloureuses.
TAMARA BERGER/MEDAIR
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Devant la salle de consultation, un petit garçon pleure. Des larmes de douleur. Sa mère, impuissante, lui gratte doucement le dos pour tenter de le soulager. Chance, 3 ans, à la fièvre et des boutons sur tout le corps. « Il en a même dans la bouche ! C’était d’abord des pustules, maintenant cela forme des croûtes», dit Justine Kalimuendo, qui vient de se présenter avec son fils dans ce centre de traitement du virus Mpox au nord de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo.
Une maladie dont elle n’avait jamais entendu parler. «On m’a donné des médicaments, de la pommade et du savon. On m’a aussi dit que pour que mes autres enfants ne soient pas contaminés, je dois me laver les mains et ne pas mélanger leurs vêtements», dit-elle.
Le Mpox – anciennement appelé «variole du singe»-, est un virus, apparenté à celui de la variole, éradiqué en 1980. La maladie qu’il suscite se transmet principalement par contact étroit avec une personne ou un animal infecté et provoque de la fièvre et des éruptions cutanées.
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Apparition d’une nouvelle variante
La République démocratique du Congo est le pays le plus touché par cette nouvelle épidémie. Près de 20’000 cas et plus de 600 décès y ont été enregistrés cette année, dont un certain nombre causé par une nouvelle souche du virus. Des cas ont également été recensés dans une dizaine de pays africains, ainsi qu’en Asie et en Europe.
La promiscuité et les mauvaises conditions d’hygiène sont propices à la propagation du virus. Les jeunes enfants sont les plus vulnérables.
TAMARA BERGER/MEDAIR
Les malades guérissent, le plus souvent, spontanément. Mais des complications peuvent apparaître : surinfections cutanées, septicémie, encéphalites, atteinte de la cornée…. Elles risquent d’entraîner des formes graves de la maladie, voire la mort, particulièrement chez les jeunes enfants, qui sont les plus vulnérables. Depuis le début de l’année, l’OMS a rapporté des taux de létalité qui évitent les 4% sur l’ensemble des cas suspectés de contamination par les virus Mpox en RDC.
Cette résurgence du virus, l’augmentation rapide des cas, et l’apparition d’un nouveau variant, considéré comme plus contagieux et virulent, ont poussé l’Organisation mondiale de la santé à déclarer, le mois dernier, une « urgence de santé ». publique de portée internationale», son plus haut degré d’alerte sanitaire.
Collectif Fin de l’immunité
«Le réservoir de Mpox, ce sont les écureuils, les singes, les animaux dans la forêt. Le virus a été découvert en 1958, explique le docteur Pierre-Olivier Ngadjole, conseiller médical de l’ONG internationale Medair en RDC, qui a plus de 15 ans d’expérience dans la réponse aux urgences de santé publique. Le pays a connu plusieurs épidémies et, vers la fin des années 1970, la maladie a été éradiquée, entre autres grâce à la vaccination. Malheureusement, 40 ans plus tard, lorsque l’immunité collective a décliné, elle est réapparue.»
Louise Silusawa, promotrice de la santé pour Medair, a mis toute son énergie dans la course contre la montre qui se joue pour enrayer l’épidémie.
TAMARA BERGER/MEDAIR
La clinique qu’il dirige, réhabilitée, avait été utilisée lors des épidémies d’Ebola et de Covid. Depuis quelques semaines, le personnel de santé y reçoit en moyenne une dizaine de patients chaque jour. «Lorsqu’une personne est prise en charge et reçoit un traitement, on coupe la chaîne de transmission autour d’elle», dit le Dr Ngadjole. Tous ne doivent pas une hospitalisation. Pour l’instant, seule la moitié des 40 lits disponibles est occupée. Mais le médecin s’attend à une forte augmentation des cas dans les prochaines semaines, «notamment à cause de la rentrée des cours».
L’épidémie de Mpox dans l’est de la RDC survit dans le contexte d’une grave crise humanitaire. Les combats entre l’armée congolaise et les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ont poussé des centaines de milliers de personnes à fuir leurs foyers. Autour de Goma, les familles s’entassent dans des camps surpeuplés et insalubres.
Les vaccins arrivent
Mégaphone à la main, Louise, promotrice de la santé pour Medair, met toute son énergie dans la course contre la montre qui se joue : « Quelles sont les mesures de prévention ? (…) Et si on n’a pas de savon, on fait comment ? Oui, des cendres ! C’est aussi efficace.» La promiscuité, les mauvaises conditions d’hygiène sont propices à la propagation du virus. «Même l’accès à l’eau, c’est un problème, les gens sont démunis», dit-elle.
Le fait que la maladie soit désormais également associée à une transmission sexuelle, particulièrement chez les travailleuses du sexe et leurs clients, ajoute une couche supplémentaire de stigmatisation, comme ce fut le cas aux débuts de la propagation du VIH/sida, dans les années 1980 .
L’OMS a annoncé que les premières doses de vaccins contre le Mpox, promises par le Japon et des États-Unis, arriveront dans les «prochains jours» en RDC. «La vaccination ne résoudra pas tout», dit le Dr Alain Mangolopa, coordinateur de la réponse d’urgence de l’OMS au Nord-Kivu, qui estime que la riposte doit se faire selon une approche holistique, en privilégiant l’engagement avec les communautés. «Il faudra faire passer le message auprès de la population, si l’on veut qu’elle coopère, dit-il. Et nous sommes très en retard par rapport à ça.»
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