Les agriculteurs, acheteurs et exportateurs du cacao et du café se plaignent d’arrestations arbitraires et de détentions illégales de la part des services étatiques à Kasindi-Lubiriha, cité frontale de l’Ouganda, située à 90 km de la ville de Beni.
La société civile s’est réunie mercredi 21 janvier, ces acteurs et les autorités locales pour tenter de désamorcer cette situation, qui menace l’économie locale.
Les acteurs de la filière café-cacao subissent un harcèlement systématique des services de sécurité sous couvert de lutte contre la fraude.
La rencontre de Kasindi-Lubiriha visait donc à clarifier les responsabilités, mettre fin aux abus et renforcer le suivi des activités de contrôle dans cette filière.
La confusion entre « contrôle » et « harcèlement »
Depuis le lancement de la grande récolte en août dernier, le climat est délétère. Paul Zaidi, rapporteur de la société civile de Kasindi-Lubiriha, dénonce une confusion délibérée entretenue sur le terrain :
« Militaires, policiers et agents de renseignements s’improvisent contrôleurs. Dès qu’un citoyen est trouvé avec du cacao, il est arrêté ou détenu illégalement. On ne peut pas traiter un cultivateur de fraudeur simplement parce qu’il transporte le fruit de son labeur ».
Pour la société civile, la traçabilité d’un produit ne peut être établie par une interpellation de rue, mais nécessite une enquête administrative préalable que seuls les services attitrés sont habilités à mener.
La Brigade de contrôle sous surveillance citoyenne
Si le gouvernement provincial a instauré une brigade spécialisée en décembre dernier pour réguler les exportations, son efficacité est entachée par l’interférence d’autres services. Pour restaurer un climat de confiance, les opérateurs économiques exigent désormais trois garanties majeures :
L’exclusivité du contrôle : mettre fin aux interventions des services non autorisés (militaires et agents de renseignement) dans la filière, L’éthique des agents : instaurer un suivi rigoureux du comportement des membres de la brigade officielle pour éviter qu’ils ne tombent dans la corruption, La sécurisation des voyages : protéger les paysans contre les “taxations” illicites lors du transport de récoltes vers les centres de négoce.
L’émissaire du gouverneur, présent à la réunion, a promis une fermeté totale contre les « brebis galeuses » de l’appareil sécuritaire. Les agriculteurs de Beni attendent désormais que ces paroles se transforment en actes pour que le cacao redevienne une source de subsistance et non plus une menace.






