Sous le ciel de Rabat, ce lundi 28 octobre, les drapeaux français et marocains flottent de nouveau dans l’air, côte à côte. L’avion présidentiel français s’apprête à toucher le sol marocain, annonçant la venue d’Emmanuel Macron et de la première dame, Brigitte Macron, accompagnés d’une très forte délégation économique. Les dirigeants des groupes français Engie, Alstom, Safran, TotalEnergies, Suez, Veolia et Thalès Alenia Space sont présents. Sur la place du Méchouar, une cérémonie d’accueil solennelle se prépare, marquant le début d’une visite stratégique.
C’est dans cette atmosphère chargée de symboles que le président Macron et le roi Mohammed VI échangeront au palais royal de Rabat aux alentours de 18 h 45. Il s’agit d’une rencontre à huis clos. Ces quelques instants privés seront l’occasion d’une conversation directe et personnelle entre les deux dirigeants. Leur entretien devrait être suivi par la signature de nouveaux accords, dans la résidence des hôtes royaux. Les relations commerciales entre Paris et Rabat sont « séculaires », souligne le vice-président général du patronat marocain, Mehdi Tazi. « La France et le Maroc entrent dans une nouvelle phase, renforcée par la position stratégique de la France sur des sujets d’intérêt majeur pour les deux nations. » Interrogé sur les secteurs les plus prometteurs, le numéro deux de la CGEM, de citer : « La perspective de la Coupe du monde 2030 suscite l’intérêt parce que cela pourrait déboucher sur de nombreux projets dans les infrastructures, l’énergie, et le tourisme ». Et de poursuivre : « Les ressources en eau constituant un autre domaine clé, compte tenu du stress hydrique persistant depuis six ans. Les énergies propres, en particulier dans le sud du Maroc, sont également un axe majeur, à la fois pour le développement économique du royaume et pour répondre aux impératifs de décarbonation. »
Autre secteur souvent moins évoqué mais tout aussi essentiel : celui des services. « De nombreuses entreprises choisissent le Maroc non seulement pour desservir leurs marchés locaux, mais aussi comme base pour atteindre les marchés africains. Cette dynamique ouvre des perspectives nouvelles pour les entreprises françaises, qu’il s’agisse de codéveloppement ou de coopération dans des secteurs stratégiques », ajoute Mehdi Tazi. La rencontre économique entre la France et le Maroc, qui est prévue mardi, sera l’un des moments clés de la visite d’État du président Macron.
Les secteurs d’avenir au cœur d’une grande-messe à Rabat
Les deux patronats (CGEM-Medef) ainsi que le Club des chefs d’entreprise France-Maroc sont à la manœuvre de ce rendez-vous autour des secteurs stratégiques d’avenir. À l’Université internationale de Rabat, cette session réunira des responsables marocains et français et des capitaines d’industrie investis dans les secteurs industriels, financiers et la transition écologique. Le ministre marocain de l’Économie, Nadia Fettah Alaoui, et son homologue français, Antoine Armand, ouvriront ce volet économique autour de thèmes forts comme la co-industrialisation et le « Made with Morocco ». Mohamed Bachiri, président du Groupe Maroc Industries, Vincent Caro de Safran Nacelles, Mohamed Horani de HPS et Laurent Germain d’Egis partagent leurs points de vue.
Tous les regards seront tournés vers les accords qui seront signés dans le secteur phare des énergies, puisque Catherine MacGregor d’Engie, Sabrina Soussan de Suez ou Estelle Brachlianoff, directrice générale de Veolia, ont fait le déplacement. Le Maroc vise à atteindre 52 % de son mix énergétique d’ici à 2030. Le secteur de l’hydrogène vert est déjà une véritable capitale stratégique pour le royaume. D’ailleurs, un prêt de 350 millions d’euros, destiné au groupe OCP – leader mondial du phosphate – est actuellement à l’étude par l’Agence française de développement (AFD). Ce financement soutient des projets innovants dans les domaines de l’hydrogène vert, de l’ammoniac vert et des énergies renouvelables, qui vont sans doute jouer un rôle central dans les échanges bilatéraux. Des entreprises françaises, telles qu’Engie et EDF, envisagent d’ores et déjà des partenariats pour développer les parcs solaires et éoliens au royaume. Ces investissements s’inscrivent dans l’ambitieux Agenda vert du Maroc, qui vise à devenir un acteur incontournable des énergies propres en Afrique et au-delà.
Au programme également, une séquence consacrée au gaming. Dans l’ambiance moderne et énergique du parvis de l’Université internationale de Rabat, le président Macron plongea dans l’univers des jeux vidéo, secteur en pleine expansion en France comme au Maroc, qui vient d’organiser la première édition du Morocco Gaming Expo en mai 2024 à Rabat. Ce moment sur le gaming illustre bien l’engagement des deux pays à soutenir des secteurs d’avenir, où la jeunesse, la technologie et la culture se rejoignent.
Les IDE français au Maroc en baisse de 10 %
Dans les faits, les observateurs voient en cette visite d’État du président français, la deuxième depuis 2018, la concrétisation de nouvelles ambitions pour l’axe Rabat-Paris pour les 30 ans à venir, après le 30 juillet dernier, date qui marque le 25e anniversaire du règne de Mohammed VI, mais aussi le jour où la France a reconnu le plan d’autonomie marocain comme base unique pour une solution politique durable sur le Sahara occidental. Si les relations entre le Maroc et la France sont considérées comme étant plus fortes que jamais, cette phase a été précédée de plusieurs épisodes de turbulences diplomatiques, qui ont eu des répercussions sur les investissements directs étrangers (IDE) en provenance de France. Ces tensions ont affecté des secteurs clés comme l’énergie, l’éducation et les infrastructures, entraînant une diminution des flux d’IDE. Selon les données de la Banque mondiale, l’IDE français au Maroc a enregistré une baisse de 10 % entre 2021 et 2023.
En réalité, ce voyage d’État est l’aboutissement d’une série de gestes orchestrés en octobre 2023, au moment de la tenue des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Marrakech. Se sont ensuivis plusieurs déplacements majeurs, comme celui de l’ancien ministre français de l’Économie Bruno Le Maire, durant lequel il a renoué le dialogue économique avec le Premier ministre marocain, Aziz Akhannouch. Mais c’est véritablement en février 2024 que le réchauffement prend forme, lorsque l’ancien ministre français des Affaires étrangères Stéphane Séjourné rencontre son homologue marocain, Nasser Bourita, et qu’une nouvelle feuille de route est tracée. Surtout, la France doit, aujourd’hui, faire face à une forte concurrence : de l’Espagne, d’Allemagne mais également de la Chine. Les entreprises françaises ne veulent pas perdre la main.
« Plus de coentreprises »
« La France a maintenant l’opportunité de renforcer sa position, en particulier face à la concurrence espagnole. Ce retour en force est mérité après les efforts diplomatiques et économiques engagés récemment par Paris », appuie Karim Amor, président de la 13e région de la CGEM dédiée aux Marocains entrepreneurs et hauts potentiels du monde (MeM by CGEM). Il appelle à s’inspirer de modèles de partenariats industriels déjà réussis avec des entreprises comme Renault, Stellantis et Airbus. « L’idée est d’encourager plus de joint-ventures entre entreprises marocaines et françaises, notamment dans des secteurs stratégiques, comme l’aéronautique et l’automobile. » Bien que peu d’entreprises marocaines soient pleinement intégrées dans ces chaînes de valeur, cela est dû, selon Amor, à un besoin de maturité de l’écosystème industriel local, et non à un manque d’intérêt de la part des entreprises françaises. . Il évoque aussi la French Tech comme modèle inspirant pour le Maroc. Lancée pour stimuler l’innovation et soutenir les start-up françaises, « cette initiative pourrait guider la création d’un écosystème similaire au Maroc, avec un focus sur le développement numérique et l’innovation », affirme Karim Amor, qui aspire à voir le Maroc se transforme un jour en véritable « IA Nation » souveraine.
À Découvrir Le Kangourou du jour Répondre Déjà première destination des investissements français sur le continent, le Maroc pourrait renforcer son rôle de passerelle privilégiée vers les marchés africains, renforçant ainsi son attractivité pour les investisseurs. « Presque toutes les entreprises du CAC 40 sont aujourd’hui déployées au Maroc, ce qui témoigne de l’attrait et du potentiel de la plateforme marocaine pour des investissements dans des secteurs clés », affirme Mehdi Tazi.
Porte d’entrée vers les pays enclavés d’Afrique
En 2023, les investissements français au Maroc ont atteint 20 milliards d’euros, et les échanges commerciaux entre les deux pays se sont élevés à 14,1 milliards d’euros, doublant presque par rapport à 2015. Ces chiffres confirment que le Maroc est un partenaire incontournable pour la France en Afrique, non seulement pour accéder à un marché de 450 millions de consommateurs en Afrique de l’Ouest, mais aussi au milliard de consommateurs qui comptent le continent. Le Maroc ne cesse de faire valoir sa position géographique : il dispose d’un double accès à la mer Méditerranée et à l’océan Atlantique. Dans ce sillage, le royaume chérifien a initié une alliance Afrique-Atlantique. « Pour concrétiser cette vision, le Maroc a investi significativement dans les infrastructures des provinces du Sud, en particulier avec la construction en cours du port de Dakhla, qui devrait être achevé d’ici deux à trois ans », explique le vice-président de la CGEM. En réalité, le royaume ambitionne de reproduire le succès du port de Tanger Med, qui a dynamisé l’industrie nationale, en créant dans le Sud un nouveau pôle économique d’envergure sur l’Atlantique. Ainsi, ce port de Dakhla deviendra une plateforme économique majeure, offrant un accès stratégique pour les pays enclavés voisins.






