Kolwezi, le samedi 16 août 2025, n’a pas vibré seulement au rythme de ses activités minières. La capitale mondiale du minerai bleu a vécu une autre forme d’extraction : celle de la gloire sportive. Dans son fief, le CS Manika a tenu son Assemblée Générale Ordinaire , transformant un exercice austère : lire des rapports, additionner des chiffres ; en une cérémonie quasi liturgique. Il faut dire qu’après une saison comme celle des Mbigwas, comment ne pas parler avec emphase ?
2024-25, une saison pharaonique
Le parcours du CS Manika en Linafoot D2 cette saison frôle l’utopie statistique : 22 victoires, 3 défaites, 5 matchs nuls. Sur 30 matchs joués, l’équipe n’a concédé que 15 buts, preuve d’une défense si hermétique que les attaquants adverses s’y heurtaient comme à des portes blindées. Ces chiffres ne sont pas seulement éloquents : ils sont tonitruants. Ils dessinent l’image d’un club qui ne s’est pas contenté de jouer, mais qui a gouverné son championnat comme un souverain distribuant grâce ou châtiment selon son humeur.
Les supporters, massés en nombre, ont salué cette performance avec l’ardeur des fidèles qui acclament un miracle. On sentait, dans la salle de Collibri Inn, une fierté mêlée d’incrédulité : le CS Manika eunuque aux joies est devenu le centre d’attraction.
La parole tenue du président Michel Kanyimbu
Le moment fort de la rencontre fut sans doute le rappel de la promesse initiale du président du club, Michel Kanyimbu. « Je n’échoue jamais », avait-il lancé lors de sa prise de fonction. À l’époque, certains y avaient vu une fanfaronnade. Désormais, ces mots résonnent comme un oracle.
Son conseiller, reprenant la phrase, en fit un acte de foi collectif : « Il nous avait promis la Ligue 1, et il nous y a amenés. Merci de le porter à cœur. » Dans d’autres contextes, on parlerait d’un culte de la personnalité. Ici, on dira qu’il s’agit d’une saine reconnaissance. L’assistance a applaudi, non sans une certaine ferveur : après tout, rares sont les dirigeants qui tiennent promesse dans ce pays, qu’elle soit politique, économique ou sportive.
Le CS Manika, l’art du bilan chiffré
Le secrétaire du club, quant à lui, a assumé son rôle de gardien des chiffres. À travers une lecture appliquée des rapports, il a transformé des colonnes de statistiques en récital triomphal. Chaque victoire évoquée sonnait comme un coup de cymbale, chaque défaite comme une virgule vite effacée, chaque nul comme une anecdote bénigne.
Quand il affirme : « Il n’y a aucune raison que Manika manque à la Ligue 1 », la salle a éclaté en applaudissements. Ce n’était plus une phrase : c’était une sentence. Le CS Manika, ayant conquis la D2 avec l’aplomb d’un conquérant, semblait désormais destiné à la Ligue 1 comme César à Rome. Le CS Manika n’a pas simplement joué, il a gouverné les terrains de D2 avec la fermeté d’un chef coutumier et la ruse d’un percepteur d’impôts.
Le prix de la gloire
Derrière cette épopée sportive se cache une vérité plus prosaïque : l’argent. Le président Michel Kanyimbu a consenti un effort financier de taille. Au moins 437 000 dollars ont été investis dans la campagne. Une somme que d’aucuns qualifieront de faramineuse, tandis que d’autres y verront un simple prix à payer pour grimper au sommet.
Cet effort rappelle une évidence : dans le football moderne, les victoires se négocient autant avec les crampons qu’avec les comptes bancaires. Mais là encore, la narration officielle préfère parler de sacrifice héroïque : le président aurait « cassé sa tirelire ». Une image touchante, si l’on oublie que la tirelire en question s’apparente davantage à un coffre-fort.
Le CS Manika a des ambitions claires
La montée en Ligue 1, loin d’être un aboutissement, n’est pour le CS Manika qu’une étape. Les dirigeants n’ont pas l’intention de figurer dans l’élite comme de simples figurants. Non, ils visent plus haut. Les Mbigwas ont des dents longues, et l’expression n’est pas qu’une métaphore : on devine, dans leurs propos, une faim insatiable de reconnaissance et de trophées. Le CS Manika entre dans l’élite non comme un invité de passage, mais comme un convive sûr de lui, prêt à s’asseoir en bout de table et à réclamer la meilleure part du rôti.
Michel Kanyimbu l’a laissé entendre : l’objectif est de s’imposer durablement, de rivaliser avec les géants, de faire de Kolwezi non seulement un centre minier, mais une capitale sportive. Les ambitions sont posées avec le calme des conquérants sûrs de leur fait. Le CS Manika ne se contentera pas d’un siège dans l’élite mieux, les tricolores veulent occuper la scène du football congolais.
Une ascension diaboliquement angélique
Au terme de cette revue de saison, une conclusion s’impose : le CS Manika n’est pas seulement monté en Ligue 1, il a escaladé les marches du panthéon footballistique national avec l’assurance d’un club qui ne doute de rien.
On dira de cette saison qu’elle fut « diaboliquement angélique » : diabolique par son autorité sur le terrain, angélique par la grâce avec laquelle les victoires se sont enchaînées. Les adversaires s’inclinaient, les supporters exultaient, et Kolwezi se découvrait un nouveau rôle : non plus seulement exporter du cobalt, mais exporter de la gloire footballistique.
La suite ? Elle s’écrira bientôt sur les pelouses de la Ligue 1 et Foot RDC vous la racontera. Mais déjà, le CS Manika a prouvé une chose : à Kolwezi, les promesses se tiennent, les chiffres parlent, et le football, quand il se conjugue à l’ambition, devient une arme plus redoutable que le minerai.
Marco Emery Momo






