
Et si le marketing numérique était l’une des solutions pour réduire le chômage des jeunes en Afrique ou encore accroître la compétitivité du continent à l’international ? Pour Fayssal Toujni, consultant en marketing digital, basé au Maroc, qui collabore avec de nombreuses entreprises dans le monde pour les accompagner dans leur visibilité numérique et leur stratégie en ligne, c’est un domaine devenu incontournable pour le continent et qui offre de multiples opportunités pour pouvoir notamment décrocher son premier emploi. Mais il va encore plus loin, estimant que le numérique peut également permettre de développer des secteurs clés, tels que l’agro-business. Il livre son regard sur la question à Afrik.com.
Entretien
Comment avez-vous débuté votre activité dans le marketing digital et quelles ont été vos principales difficultés pour décrocher vos premiers contrats ?
Mon activité a vraiment débuté grâce à une première commande sur Fiverr, un petit projet à 5 dollars, pour concevoir une présentation PowerPoint de 10 slides pour une entreprise de transport. Bien que ce montant soit dérisoire pour le travail demandé, j’ai accepté, car je souhaitais absolument obtenir cette première expérience et bâtir une réputation. Avant cela, j’étais sceptique quant aux opportunités de revenus en ligne et je créais des profils partout sans réussir à décrocher de projets. Ce premier client a marqué un tournant dans ma carrière, et c’est ce qui m’a motivé à m’investir à fond dans le freelancing.
Aujourd’hui, vous avez au fil des années acquis de l’expérience. Quelles sont les collaborations qui vous ont particulièrement marquées ?
Parmi mes collaborations, l’une des plus marquantes a été avec Beats by Dre, le leader mondial des casques et écouteurs. Pendant la Coupe du monde 2022, j’ai été contacté par l’agence en charge de leur communication pour gérer la campagne #DefyTheNoise sur les réseaux sociaux francophones de la marque. C’était une expérience extraordinaire de travailler avec une marque de cette envergure. Ce projet a renforcé ma confiance et ma motivation à viser toujours plus haut en travaillant avec des clients d’envergure internationale. Je suis aussi la preuve qu’on peut être basé en Afrique, et travailler pour de grandes entreprises basées à l’international, tout en restant chez soi, sans forcément tenter à tout prix d’émigrer en Europe, au péril de sa vie, en pensant que c’est l’eldorado. L’Afrique peut être l’eldorado de chacun, à condition de travailler dur, de toujours viser l’excellence et de persévérer dans ce qu’on fait.
Comment le numérique peut-il permettre aux entreprises en Afrique d’être plus compétitives face à la concurrence des entreprises à l’international ?
Le numérique est un véritable catalyseur de croissance pour les entreprises africaines, car il réduit les barrières géographiques et leur donne accès aux marchés internationaux sans les coûts élevés d’expansion physique. Par exemple, une entreprise marocaine de produits artisanaux peut, grâce au référencement et à des campagnes d’email marketing, toucher directement des clients en Europe ou aux États-Unis, améliorer ainsi son audience et ses ventes. En tant que consultant en marketing digital, j’aide mes clients à construire cette visibilité à l’international. En utilisant des stratégies comme le référencement SEO et la gestion de leur e-réputation, je les aide à « être vu, pour mieux se faire entendre ». Comme le jargon le dit dans le secteur : « Le digital ne fait pas juste parler de vous, il vous met sur la carte ».
En quoi la transformation numérique des entreprises du continent peut-elle leur permettre de gagner en efficacité ?
La transformation numérique permet aux entreprises d’automatiser leurs processus et de libérer du temps pour les tâches stratégiques. L’un de mes clients, une PME dans le secteur de la distribution, a pu réduire ses coûts en utilisant l’email marketing et des outils de gestion pour optimiser sa communication avec les clients. Cela permet non seulement de gagner en efficacité, mais aussi de créer une relation de proximité avec les clients. Pour moi, le numérique, c’est comme l’huile dans un moteur : il fluidifie tout le fonctionnement. Dans un monde numérique, ce qui compte, ce n’est pas la taille de l’entreprise, mais sa rapidité à s’adapter. Et cette agilité est cruciale pour se démarquer et réussir.
Quelles sont les étapes clés et incontournables pour réussir la transformation numérique d’une entreprise ?
Pour une transformation numérique réussie, l’entreprise doit d’abord définir des objectifs clairs et une vision partagée. Ensuite, il est crucial que les anciennes équipes puissent s’approprier les outils numériques. Le choix des technologies adaptées aux besoins de l’entreprise et à son secteur d’activité est également primordial. Il est important de déployer cette transformation de manière progressive, en commençant par les processus clés et en mesurant régulièrement les résultats pour ajuster les stratégies. Enfin, l’écoute active du retour client et l’innovation continue sont indispensables pour rester performant.
Des multinationales comme Amazon sont aujourd’hui à la conquête du continent africain et n’hésitent pas à y investir massivement. Qu’en pensez-vous ? Comment selon vous les entreprises du continent peuvent-elles rivaliser avec un géant comme Amazon ?
L’arrivée de géants comme Amazon en Afrique représente une concurrence importante, mais aussi une opportunité pour les entreprises locales de se différencier. En connaissant parfaitement les besoins et préférences des consommateurs locaux, les entreprises africaines peuvent offrir une expérience personnalisée. Par exemple, dans mon activité, j’aide les entreprises à renforcer leur présence sur Google My Business pour se démarquer sur le marché local, là où elles ont un avantage compétitif. Comme je dis souvent : « le géant est puissant, mais l’artisan est proche du client ». Les entreprises africaines peuvent mettre en avant cette proximité et l’authenticité de leurs produits pour créer une relation de confiance que les grands groupes ont souvent du mal à établir.
Comment l’Afrique peut-elle utiliser le numérique pour résoudre ses principales problématiques, comme réduire le chômage des jeunes ou atteindre l’autosuffisance alimentaire ?
L’offre numérique des outils puissants pour répondre aux défis majeurs du continent. Pour réduire le chômage, par exemple, il est possible d’anciens jeunes aux compétences numériques recherchées comme le SEO, la rédaction web, ou même le développement de sites. J’en suis la preuve : mon propre parcours a commencé avec de petits services en ligne, et aujourd’hui, je travaille avec des clients internationaux. Le freelancing ouvre des portes immenses aux jeunes talents africains, et je les encourage toujours à s’engager dans cette voie. Dans l’agriculture, par exemple, le numérique permet aussi de rationaliser les pratiques : des applications de gestion des cultures ou encore de prévision météo permettant aux agriculteurs de maximiser leurs rendements et ainsi à viser l’autosuffisance alimentaire





