Certaines pratiques coutumières continuent de porter atteinte aux droits fondamentaux des femmes dans la région du Grand Kasaï. C’est ce que dénonce Nathalie Kambala Lucey, responsable de l’ONG Femmes main dans la main pour le développement intégral (FMMDI), lors d’une interview exclusive accordée à Radio Okapi, samedi 7 mars.
L’organisation dit être engagée depuis plusieurs années dans la lutte contre les normes socio-culturelles discriminatoires.
Selon elle, la défense des droits des femmes et la transformation des coutumes jugées avilissantes constituent la principale motivation ayant conduit à la création de son organisation dans l’espace Kasaï.
Des pratiques coutumières qui « violentes » les droits des femmes
Parmi les pratiques dénoncées figurent les mutilations génitales féminines, le mariage précoce et certaines traditions liées au veuvage, encore répandues dans plusieurs communautés du Grand Kasaï.
« Aujourd’hui, la zone du Grand Kasaï est une région où le taux de mariage d’enfants est très élevé. Dans la culture locale, cela est souvent considéré comme normal parce que, depuis longtemps, nos parents se mariaient avant l’âge de 18 ans », explique Nathalie Kambala.
Elle évoque également la pratique du sororat-lévirat, une pratique qui consiste à imposer à une veuve d’épouser un frère de son défunt mari. Pendant la période de deuil, la veuve est souvent soumise à des conditions difficiles, comme l’interdiction de se laver, de dormir ou même de boire de l’eau jusqu’à l’enterrement de son époux.
Ces pratiques contrastent fortement avec le traitement réservé aux hommes en situation similaire, souligne l’activiste, qui estime que ces traditions traduisent une profonde inégalité entre les sexes.
La situation est encore plus préoccupante pour certaines femmes victimes de violences sexuelles lors des conflits qu’a connus la région. Selon Nathalie Kambala, certaines d’entre elles ont été rejetées par leurs familles ou contraintes de payer des amendes traditionnelles pour pouvoir réintégrer leur foyer conjugal.
« Lorsqu’une femme est victime, elle devrait recevoir la protection de la communauté, une prise en charge médicale et psychologique ainsi qu’un accompagnement pour sa réinsertion socio-économique. Malheureusement, beaucoup ont été chassées et punies », regrette-t-elle.
Plaidoyer auprès des autorités traditionnelles
Face à ces réalités, l’ONG FMMDI a choisi de travailler directement avec les dirigeants communautaires, notamment les autorités traditionnelles et religieuses, afin de changer progressivement les mentalités.
« Ce n’était pas facile d’accéder aux chefs coutumiers. Mais lorsque nous avons commencé à échanger avec eux, nous avons constaté qu’il y avait souvent des incompréhensions sur les conséquences de ces pratiques », explique Nathalie Kambala.
Grâce à des actions de sensibilisation et de plaidoyer, plusieurs engagements ont été signés dans certaines communautés pour interdire le mariage des enfants de moins de 18 ans. Ces démarches ont également contribué à l’adoption d’édits provinciaux visant à interdire certaines coutumes jugées dégradantes pour les femmes.
Aujourd’hui, l’ONG est active dans plusieurs provinces, notamment au Kasaï Central, au Kasaï, au Kasaï Oriental, à la Lomami et à Kinshasa.
Malgré ces avancées, Nathalie Kambala reconnaît que l’élargissement de cette lutte à l’ensemble des 26 provinces de la République démocratique du Congo reste un défi majeur, en raison du manque de ressources.
« L’idéal serait d’étendre nos actions dans tout le pays, car ces pratiques existent partout. Mais les moyens restent limités. Nous appelons les partenaires techniques et financiers à soutenir les organisations locales qui travaillent déjà sur le terrain et réalisant des résultats », plaide-t-elle.






