L’histoire, il y a ceux qui la font et ceux qui la racontent. Les Léopards ont écrit la leur le 31 mars, au Mexique, à l’ancre de leur sueur et au bout du sacrifice. Un succès historique exhalant l’odeur d’une gloire passée, jamais connue par la nouvelle génération. Ce qui n’était plus arrivé depuis 52 ans a été vécu dans le moment présent, dans un émerveillement et un entichement à la hauteur du soulagement. Le rêve a rattrapé la réalité à Guadalajara, après une longue échappée de celle-ci.
Personne n’ose imaginer un tel bonheur vécu depuis le Stade ses Martyrs de Kinshasa, écrin mythique des Léopards, et théâtre mystique de leurs désillusions. Le destin, lui, a voulu que, cette fois la délivrance vienne d’une terre lointaine, à l’autre bout du monde, là où les Congolais n’ont eu d’accès qu’à travers les écrans. Bonheur suprême et joie infinie de retrouver le Mondial.
La joie passe, les fondements du bonheur demeurent
Mais ce film avait-il pour mission de nous transmettre uniquement les émotions et nous laisser tourner en notre dérision habituelle ? S’agissait-il simplement de l’effervescence d’une soirée où le football congolais a touché la tête de sa cible ? Qu’y a-t-il de plus en cette qualification des Léopards ? Que peut-elle changer au football de la République Démocratique du Congo ?
Si tout s’arrête à l’euphorie d’un retour au Mondial sans que personne n’y voit une porte pour bâtir des fondements solides de notre football, alors sûrement, l’attente pourrait être encore plus longue avant la prochaine qualification. Il ne faut donc pas que la jubilation endorme la conscience, que la satisfaction supprime les devoirs des uns et des autres envers ce football.
Après la gaieté, place à la lucidité.
Comment capitaliser sur la qualification ?
“52 ans après”, sonne tel un refrain d’une mélodie mélancolique. On se le rappelle avec plaisir, car mieux vaut tard que jamais. Mais ce merveilleux retour au devant la scène mondiale être converti en facteur X pour sortir définitivement le foot congolais de son gouffre. Si ceci paraît un exploit pour la RDC, ce n’en est plus un pour le Ghana, le Sénégal ou le Maroc ou encore l’Algérie, des nations habituées à y aller, qui ont redimensionné leurs rêves. Elles ne contentent plus de se qualifier mais de lutter pour les places d’honneur.
Le moment est venu pour poser les bases nécessaires au développement du foot congolais afin que ce miracle devienne une norme. Doter le pays de moyens de participer régulièrement à la Coupe du Monde, et se battre pour le trophée de la CAN qui a aussi le même âge que la dernière qualification au Mondial. Voici 3 choses à faire pour capitaliser sur la qualification.
Investir dans la formation !
Le fait déclencheur est là. Les Léopards sont à la Coupe du Monde, mais avec seulement 4 joueurs formés au Congo sur les les 26 convoqués. Constat écœurant d’une inexistence fâcheuse de la formation des joueurs en RDC. C’est à peine croyable au XXIe siècle. Un pays qui ne forme pas ses propres produits se bloque. La stratégie de conquête des binationaux a le mérite d’être saluée et encouragée, mais, elle a assez souvent ramené au pays des joueurs qui n’ont pas eu la chance de jouer ailleurs, ou carrément les rejetés des sélections occidentales. Ils viennent, qui plus est, en âge avancé, et leur présence ne profite au pays que pendant peu d’années. La FIFA va verser à la FECOFA plus de 10 millions suite à la qualification. Le pire serait que cet argent finisse dans les poches des individus et ne profite pas au football qui l’a généré.
En l’absence d’une politique sportive nationale clair, mettant un accent sur la formation des talents dans tous les coins du pays, la rêve de voir le foot congolais s’installer durablement sur les hautes marches ne sera que mirage. L’État congolais, via la fédération, doit penser à disposer de ses propres centres de détection et encadrement des talents. Encourager les initiatives privées déjà en cours, entre autre ; la KFA à Lubumbashi, l’Académie Ujana à Kinshasa. C’est par la formation que le pays aura des équipes d’âge fortes et ne connaîtra pas de rupture de talents chez les seniors.
Organiser le football national
Depuis de nombreuses années, l’organisation du football en RDC interroge. Entre le championnat national qui ne touche plus à sa fin, les stades qui se vident du monde même lors de grands derbys et des infrastructures sportives en état pitoyable, le niveau global du football de la RDC a pris un sacré coup. Nul ne sait s’il s’en relèvera un jour. L’explication concrète à cet effondrement abyssal du sport roi au pays de Lumumba se trouve aussi dans la défaillance actuelle des clubs congolais sur la scène continentale.
8 ans depuis la dernière finale africaine disputée par un club congolais (Vita Club), 9 ans depuis le dernier titre africain remporté par le TP Mazembe. La RDC disparaît en silence de la cartographie du football africain des clubs. Lupopo et Maniema Union ont tenté d’exister cette saison, mais une étincelle dans un ciel totalement obscur.
Plus que jamais, il y a urgence d’investir dans l’organisation du football national à tous les niveaux. Subventionner le championnat de première et deuxième division, le rendre plus compétitif et attractif afin d’y maintenir les talents congolais qui y sont. Il n’y a actuellement aucun joueur talentueux qui rêve de rester deux saisons en Linafoot. À la moindre sollicitation extérieure, il préfère s’en aller, là où ça paie mieux, là où le football est mieux organisé. Reverra-t-on les Mputu, Biscott, Kimwaki… dans notre championnat ?
De l’ordre dans les instances, le football aux connaisseurs
L’autre cause de notre malheur c’est entre les mains de qui la gestion du football est abandonée. Cette question est essentielle à la survie de ce sport. De la Fédération aux entités les plus petites, la gestion du football ne peut être laissée aux médecins, aux juristes et aux agronomes, tandis qui en ont l’expérience et l’expertise sont là et personne ne veut leur ouvrir la porte.
Aux élections à venir à la FECOFA, les votants ne devraient choisir les dirigeants par complaisance, amitié ou pour de l’argent. C’est tout l’avenir du foot congolais qui en dépend. Ne voter que pour des gens qui connaissent le football, pour ceux que le football connaît. Il y a nécessité de véritables reformes pour une refonte totale du foot congolais, et cela n’arrivera qu’avec des techniciens à la décision.
Jubilons pour la qualification mais bâtissons mais le bonheur durable.
Par Isaac BAMPENDE






