L’instruction donnée par le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, aux procureurs généraux de renforcer les poursuites contre les abus commis dans le cyberespace continue de susciter diverses réactions.
Au lendemain de l’annonce du ministre, les influenceurs saluent la mesure mais mettent en garde contre une dérive. Justicia Asbl craint une restriction de la liberté d’expression.
Dans un communiqué publié mardi 3 mars à Kinshasa, le ministre d’État en charge de la Justice a souligné que le cyberespace congolais « relève pleinement de l’ordre juridique national » et ne saurait devenir « une zone de non-droit ». Le gouvernement dit vouloir mettre fin à l’impunité sur les plateformes telles que TikTok, Facebook, X ou WhatsApp, tout en soulignant le caractère sacré de la liberté d’expression.
Parmi les actes désormais ciblés par la justice figurent :
• la diffamation et les injures,
• la propagation de fausses informations,
• le harcèlement et les menaces,
• l’incitation à la haine,
• toute atteinte à la vie privée ou à la dignité humaine.
Guillaume Ngefa a également instruit les procureurs d’utiliser, si nécessaire, les mécanismes prévus par la loi pour ordonner le retrait de contenus illicites ou le blocage de comptes.
Les influenceurs mettent en garde contre une dérive
Pour Dady Michel Molongi, président de l’Association des influenceurs et créateurs de contenu national et diaspora, la mesure du gouvernement va dans la bonne direction, mais doit être appliquée avec prudence :
« Nous saluons toute l’initiative du ministère de la Justice visant à lutter contre les infractions dans le cyberespace. Cependant, nous insistons sur un point essentiel : la régulation ne doit pas devenir une restriction de la liberté d’expression. Il est important d’accompagner le créateur par la sensibilisation, la formation et un cadre clair afin que la loi protège sans étouffer la créativité numérique, qui représente aujourd’hui une vraie opportunité économique pour notre jeunesse ».
Pour les créateurs de contenu, la lutte contre les dérives en ligne doit se faire sans nuire à l’espace numérique comme lieu d’innovation, de débat et d’expression citoyenne.
Justicia ASBL dénonce une tentative de museler les voix critiques
Justicia ASBL se montre, elle, beaucoup plus alarmée. Son coordonnateur, Thimote Mbuya, voit dans cette instruction ministérielle une dérive dangereuse :
« Justicia ASBL dénonce les tentatives du gouvernement congolais de réduire au silence les voix critiques et indépendantes à travers ces communiqués officiels. Il est suspect que, pendant que le pays s’apprête à aller vers des échéances électorales et que le débat politique est animé, le gouvernement rappelle des mesures qui pourraient restreindre drastiquement les libertés d’expression, d’opinion et, dans une certaine mesure, les libertés fondamentales reconnues aux citoyens ».
Cette structure mise en garde contre un usage politique de la régulation numérique dans un contexte où les débats sur la Constitution et la situation sécuritaire à l’Est sont particulièrement sensibles.
Entre liberté d’expression et lutte contre les abus : un équilibre fragile
Le ministère de la Justice assure que les poursuites se feront dans le respect des principes de légalité, de proportionnalité des peines et du droit à un procès équitable.
La Constitution, rappelle Guillaume Ngefa, protège la critique et le débat public, même lorsqu’ils sont « vifs ou controversés », mais la liberté d’expression s’arrête là où commencent les infractions pénales.
Avec cette directive, le gouvernement congolais entend montrer sa détermination à encadrer les dérives en ligne, tandis que la société civile et les acteurs du numérique appellent à la vigilance pour que la lutte contre les abus ne devienne pas un frein à la liberté d’expression et à la participation citoyenne.






