Le Gouvernement a dépensé près de 19 milliards de dollars entre 2021 et 2025 pour rémunérer les agents publics. Ces dépenses, qui ont régulièrement dépassé les plafonds prévus par les lois de finances, suscitent aujourd’hui de vives préoccupations. Alors que les autorités annoncent un nouvel audit du fichier de la paie, une analyse citoyenne, publiée en ce mois de mars courant, vient mettre en lumière les dérives persistantes dans la gestion des rémunérations en RDC.
Publié par le Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL), ce baromètre met en évidence des failles profondes : fraudes, insuffisance de contrôle, dysfonctionnements administratifs et non‑respect des règles budgétaires.
Une masse salariale qui dépasse largement les seuils autorisés
Selon le rapport du CREFDL, les dépenses de rémunération ont franchi à plusieurs reprises les plafonds fixés par les lois de finances, en violation des normes de gestion publique.
Au total, 18,9 milliards de dollars ont été déboursés pendant la période analysée.
Le document souligne que le poids des salaires dans les recettes de l’État reste particulièrement élevé : en moyenne plus de 43 % des recettes internes sur cinq ans, alors que le gouvernement s’était engagé à maintenir ce ratio sous la barre des 35 %, notamment conformément aux engagements pris avec le Fonds monétaire international (FMI).
Un fichier de paie miné par des irrégularités
Le CREFDL a mis en lumière de graves anomalies dans le fichier de paie de l’État congolais. Plusieurs audits ont été révélés :
l’existence d’agents fictifs, des doublons de matricules, des numéros irréguliers ou attribués plusieurs fois, des rémunérations perçues indûment par des personnes déjà rayées des effectifs.
Ces irrégularités représentent, selon le rapport, des pertes estimées à des centaines de millions de dollars pour le Trésor public.
Malgré la bancarisation des salaires et l’introduction d’un système de gestion informatisé, les dysfonctionnements persistent. Le CREFDL estime que cela révèle un manque flagrant de contrôle, voire un déficit de volonté politique dans l’assainissement du fichier de paie.
Une dépense à haut risque pour les finances publiques
Pour le CREFDL, la masse salariale est désormais considérée comme une dépense à très haut risque, en raison notamment de :
recrutements mal encadrés, l’absence de planification en fonction des besoins réels de l’État, le manque de transparence dans la gestion, la non‑application des recommandations issues des audits précédents.
Cette situation fragilise la capacité budgétaire de l’État, limite l’investissement public et menace l’équilibre des finances nationales.
Les recommandations du CREFDL
Face à ces constats, l’organisation citoyenne appelle le gouvernement à agir rapidement en mettant en œuvre les réformes déjà annoncées :
assainir le fichier de paie, en éliminant les agents fictifs et les doublons ; strictement les plafonds budgétaires fixés par les lois de finances ; renforcer les mécanismes de contrôle, tant internes qu’externes ; assurer le suivi régulier des recommandations issues des audits antérieurs ; instaurer une gestion plus transparente et plus rigoureuse des recrutements publics.
Selon le CREFDL, seule une réforme profonde de la gestion de la masse salariale permettra d’éviter la répétition des mêmes dérives et de préserver la stabilité budgétaire de la République démocratique du Congo.






