L’affaire de maltraitance d’une patiente en plein accouchement à Kinshasa jeudi 26 mars franchit un nouveau cap. Depuis ce vendredi 27 mars, des poursuites judiciaires ont été engagées contre le médecin impliqué, Dr David Balanganayi Kayembe, poursuivi pour des chefs d’accusation accablants, alors que le caucus des jeunes du Réseau des femmes leaders africaines exige désormais une loi contre les violences obstétricales.
Des chefs d’accusation grave
Le médecin impliqué fait désormais face à une procédure judiciaire rigoureuse. Les charges retenues contre lui témoignent de la violence des faits reprochés :
- Tentative de meurtre et torture ;
- Coups et blessures aggravés ;
- Atteinte à la vie privée.
La défense du médecin : « User de la peur pour sauver une vie »
Face aux graves chefs d’accusation pesant contre lui, le médecin mis en cause a livré sa version des faits devant le tribunal. Pour sa défense, il invoque l’urgence médicale et le refus de collaboration de la patiente lors de l’accouchement, une situation qui, selon lui, mettait la vie de celle-ci en péril.
L’accusé a expliqué avoir délibérément choisi de « user de terreur » dans l’unique but de provoquer un choc psychologique chez la patiente et la forcer à coopérer avec l’équipe soignante. « Une femme ne peut pas mourir en donnant la vie », a-t-il martelé pour justifier la brutalité de son approche.
Selon ses déclarations, bien que l’enfant soit déjà né, la patiente devait subir des points de sutures après une épisiotomie (un acte chirurgical consistant à pratiquer une incision sur le périnée juste avant la sortie du bébé lors d’un accouchement).
Face au refus de cette dernière, il soutient avoir agi par nécessité médicale :
« J’ai fait ce qui se fait normalement : tenter d’obtenir la collaboration de l’accouchée et lui expliquer le danger qu’elle court en refusant les soins. Je lui ai assuré que l’acte que nous voulions poser était sans danger et non traumatisant », a-t-il déclaré à la barre.
Le médecin maintient ainsi que ses gestes, bien que perçus comme violents, visaient exclusivement à prévenir une issue fatale, érigeant la survie de la mère en priorité absolue malgré l’absence de consentement mutuel au moment des faits.
Cette étape judiciaire marque une volonté de rupture avec l’impunité dans le secteur médical, particulièrement lors de la prise en charge des femmes en salle de travail.
Sortir les violences obstétricales du silence
En marge de cette procédure, Dorcas Bwalelo, présidente du caucus des jeunes du Réseau des femmes leaders africaines (AWLN), est montée au créneau lors d’un point de presse ce vendredi à Kinshasa. Pour elle, ce drame n’est que la partie émergée d’un fléau systémique : les Violences gynécologiques et obstétricales (VGO).
« Actes médicaux sans consentement, propos humiliants, gestes brutaux ou négligences coupables… ». Dorcas Bwalelo a dénoncé ces pratiques qui gangrènent de nombreux centres de santé et qui restent trop souvent passées sous silence.
Un plaidoyer pour une réforme juridique
S’appuyant sur les chiffres de l’OMS qui révèlent qu’une femme sur quatre subit des maltraitances lors de l’accouchement à travers le monde la responsable d’AWLN appelle à une réponse législative urgente.
« Garantir un accouchement digne, respectueux et sécurisé n’est pas un privilège. C’est un droit fondamental », a-t-elle martelé.
Le caucus des femmes leaders plaide désormais pour une reconnaissance explicite des violences obstétricales dans le cadre juridique congolais.
L’objectif est clair : sanctuariser l’acte de donner la vie et offrir une protection légale blindée à toutes les femmes de la RDC.
Réaction de la Première ministre
Dans un tweet jeudi dernier, la Première ministre, Judith Suminwa, a qualifié ces faits de « profondément choquants et totalement inacceptables », rappelant qu’aucun contexte ne peut justifier de tels actes dans un lieu censé garantir la sécurité et la dignité humaine.
« Une enquête est en cours et nous attendons les conclusions », avait-t-elle prévenu, marquant la détermination du Gouvernement à faire de ce cas un exemple de lutte contre l’impunité dans le secteur de la santé.






