En ce mois de mars dédié à la femme, la cordonnière Vanessa Kaniki, modèle de l’autonomisation des femmes dans un contexte résilient dans la ville de Goma au Nord-Kivu, enchevêtrée dans le conflit armé, lance un appel d’espoir aux femmes de sa province. Elle l’a lancé cet appel, lors d’une interview avec Radio Okapi.
Dans son atelier, situé au quartier Himbi, à Goma, une silhouette se distingue au milieu du bruit des marteaux, de l’odeur du cuir et de la colle.
C’est Vanessa Kaniki, l’une des rares femmes cordonnières du Nord-Kivu. Une pionnière. Une rebelle des stéréotypes. Une femme qui a choisi les outils du cordonnier pour façonner le changement.
« Sortir des sentiers battus pour devenir actrice du changement »
Dans son petit atelier, baigné par la lumière du matin, Vanessa enfile sa tenue noire de travail. Son tablier porte les traces de multiples créations : des gouttes de colle, de teinture, de poussière de cuir.
Son, sourire lui, est intact. Franc. Fier.
Elle aligne ses outils, comme un chef d’orchestre disposant de ses instruments. Puis elle confie :
« Quand j’arrive quelque part et que je dis : « Je suis Vanessa Kaniki, cordonnière professionnelle », on s’arrête, on m’écoute. C’est déjà une victoire ».
À travers ses mots, on entend la force de quelqu’un qui a dû bousculer les regards, affronter les jugements, prouver que l’artisanat n’a pas de genre.
Elle ajoute :
« Quand il y a un financement ou une subvention et que nous sommes cent femmes à présenter des projets, le mien est unique. Ça devient un avantage. Je ne le voyais pas comme ça au début, mais aujourd’hui j’en suis fier ».
La guerre à ralenti, mais n’a pas brisé son élan
Autrefois, ses sandales voyageaient d’est en ouest, du Nord-Kivu jusqu’au Kasaï et au-delà. Fier témoignage d’un savoir-faire local, façonné avec patience et passion.
Puis la guerre a été frappée. Les routes se sont fermées, les clients se sont raréfiés, les matières premières sont devenues plus difficiles à trouver. L’atelier, qui bourdonnait autrefois comme une ruche, fonctionne désormais au ralenti.
Mais Vanessa ne baisse pas les soutiens-gorge. Pas elle. Pas maintenant. Face à la baisse des ventes, Vanessa Kaniki demande aux habitants de Goma de consommer les produits locaux pour soutenir la résilience des entrepreneurs dans la ville, qui essaient de survivre, malgré la crise.
Cette pionnière invite les femmes entrepreneures du Nord-Kivu à ne plus se contenter de reproduire l’existant, mais à oser l’innovation pour répondre aux défis du quotidien.






