Les députés nationaux élus du Nord-Kivu et de l’Ituri ont décidé, ce samedi 13 juin, de suspendre leur participation aux travaux parlementaires à l’Assemblée nationale, dénonçant un manque de volonté politique dans l’évaluation de l’état de siège instauré depuis plus de cinq ans dans leurs provinces.
La tension est montée lors d’une séance tenue à huis clos, consacrée à la question de l’état de siège, en présence des ministres de l’Intérieur, de la Défense et de la Justice.
Estimant que le débat n’était pas mené comme attendu, les élus concernés ont quitté l’hémicycle en signe de protestation.
Une indignation face à l’absence de débat
Devant la presse, Furaha Uma Daniel, député élu de Mahagi en Ituri, et Safari Nganizi Jacques, élu de Masisi et président du caucus des députés du Nord-Kivu, ont exprimé leur mécontentement face à ce qu’ils considèrent comme un blocage.
« Nous sommes ici pour présenter notre indignation par rapport au comportement de certains collègues d’autres provinces qui ne mesurent pas la gravité de ce qui se passe dans l’Est », a déclaré Furaha Uma Daniel.
Il a déclaré l’absence d’un débat de fond sur la situation sécuritaire, évoquant notamment « l’agression de la RDC par le Rwanda via le M23 », ainsi que les massacres attribués aux ADF dans plusieurs territoires de l’Est, notamment à Beni, Mambasa et Irumu.
« Si ces populations sont exterminées, qui va nous voter ? Après de qui allons-nous rentrer pour rendre compte ? », at-il rassemblé.
« Une situation déplorable », selon Safari Nganizi
Prenant également la parole, Jacques Safari Nganizi a retracé les démarches entreprises depuis l’instauration de l’état de siège en 2021, affirmant que les élus réclament depuis longtemps un véritable débat parlementaire sur cette mesure.
« Depuis l’année 2021, l’année à laquelle le président de la République a décrété l’état de siège, nous avions sollicité des débats au niveau de l’Assemblée nationale pour l’examinateur, mais nous avons constaté que ces débats ne pouvaient pas être publics », at-il expliqué.
Le député s’est dit particulièrement choqué par la décision prise lors de la séance à huis clos.
« Nous sommes très déçus de voir que les collègues ont voté une motion pour suspendre les débats pendant que nous étions à huis clos », a-t-il ajouté.
Selon lui, cette décision intervient alors même que la situation sécuritaire reste critique dans plusieurs zones de l’Est.
« Le territoire de Beni, toute la province du Nord-Kivu, même l’Ituri, sont en proie à l’insécurité. Les ADF massacrent les populations à Beni. Il y a deux jours encore, ils ont attaqué la ville », a-t-il affirmé.
Jacques Safari Nganizi dénonce également ce qu’il qualifie de manque de considération de certains élus face à la gravité de la crise.
« Nous ne comprenons pas pourquoi le bureau peut céder à la manipulation de collègues députés qui prennent cette question à la légère alors que tous les ministres concernés étaient là », at-il déploré, concluant que « cette situation est déplorable ».
Suspension des activités parlementaires
Face à cette situation, les députés du Nord-Kivu et de l’Ituri ont annoncé la suspension de leur participation à la session ordinaire en cours, ainsi qu’à la prochaine session extraordinaire, tant qu’un débat de fond ne sera pas organisé.
Ils exigent notamment :
la convocation formelle des ministres concernés, la tenue d’un débat approfondi sur l’état de siège, l’adoption de mesures concrètes pour mettre fin aux violences dans l’Est.
Cette décision constitue un signal politique fort dans un contexte marqué par une insécurité persistante dans l’Est de la RDC. Elle a traduit la frustration des élus de ces provinces, confrontés à la pression de leurs bases électorales face à la dégradation de la situation sur le terrain.
Alors que l’état de siège est en vigueur depuis plus de cinq ans, son efficacité continue d’être vivement débattue, y compris au sein des institutions nationales notamment parmi les députés.






