Toutes les belles histoires ont une fin. Certaines se terminent avec des trophées, d’autres avec une correspondance administrative. Celle qui liait Daoula Lupembe à l’AS Simba aura connu les deux. Après près de trois saisons sur le banc des Kamikazes , marquées notamment par la conquête historique de la Coupe du Congo et une première aventure africaine qui a donné quelques sueurs froides à plusieurs adversaires du continent, le technicien congolais quitte le club de Kolwezi.
Pour une partie des observateurs, la rupture paraît brutale. Pour les dirigeants, elle semblait simplement arriver avec quelques semaines de retard. Car derrière les communiqués de circonstance et les hommages obligatoires , les signaux d’alerte étaient allumés depuis un moment. Certains clignotaient même avec une insistance difficile à ignorer.
Selon un document confidentiel consulté par Foot RDC et daté du 25 mai 2026, le comité sportif avait déjà adressé un sérieux avertissement à son entraîneur. « Le comité sportif de l’AS Simba Kamikaze est au regret de constater les mauvais résultats que vous enregistriez déjà dans la phase retour du tour classique de cette édition de la Linafoot et surtout dans cette phase décisive des play-offs. »
À partir du moment où un club commence à rédiger ce genre de phrases, il est généralement rare qu’il prépare simultanément une prolongation de contrat assortie d’une revalorisation salariale .
Une qualification africaine devenue une obligation
L’origine du malaise est relativement simple. L’AS Simba a grandi. Le problème des clubs ambitieux est qu’ils développent souvent un appétit supérieur à leur patience. Après la Coupe du Congo et le parcours continental, les dirigeants ne voulaient plus seulement participer à la fête. Ils souhaitaient désormais disposer d’une invitation permanente mieux, d’être acteur.
Dans cette même correspondance, le comité sportif rappelle les objectifs fixés à Daoula Lupembe. « Nous avons signé un contrat d’objectif dans lequel il était clair : se qualifier pour les play-offs et surtout chercher une place qualificative aux interclubs de la CAF. Chose que nous tenons mordicus afin de maintenir l’équipe sur cet élan de développement et de croissance. »
Le mot important dans cette phrase n’est peut-être pas « CAF ». C’est probablement « mordicus ». En interne, une absence de qualification africaine n’était plus considérée comme une saison moyenne. Elle commençait à ressembler à une anomalie.
Des play-offs loin des attentes
Malheureusement pour l’entraîneur , le classement possède un défaut bien connu, il refuse obstinément de tenir compte des bonnes intentions. Sous la direction de Daoula Lupembe, l’AS Simba ne remporte qu’une seule rencontre lors de ses huit premières sorties en play-offs. Une victoire contre l’Association Sportive Maniema Union, trois matchs nuls et plusieurs occasions manquées d’entretenir le rêve continental .
Pendant ce temps, les places africaines continuaient de s’éloigner avec une régularité presque scientifique. À Kolwezi, l’espoir voyageait plus vite que les points.
Le dernier ultimatum
Face à cette situation, le comité sportif décide de tracer une ligne rouge. Dans le document consulté par Foot RDC, les dirigeants adressent à leur entraîneur ce qui ressemble fortement à un préavis sportif. « Nous avons été très larges jusqu’ici mais nous sommes obligés de vous faire une dernière mise en garde. En cas de défaite lors de vos deux prochaines sorties de la phase retour, nous serons obligés de mettre un terme à notre collaboration avec vous pour résultats insuffisants. »
Le message a le mérite de la clarté. Les rencontres contre le CS Don Bosco et le TP Mazembe deviennent alors deux finales. Ou, plus précisément, deux finales dont le perdant était déjà connu à l’avance.
La première étape de cet ultimatum a tourné mal. Battue 1-0 par le CS Don Bosco, lors de la première journée de la phase retour, l’AS Simba a vu ses ambitions continentales prendre une direction peu encourageante. Au coup de sifflet final, Daoula Lupembe semblait lui-même mesurer la gravité de la situation. « Ça peut être, à la rigueur, mon dernier match avec Simba. Je dois prendre langue avec les dirigeants dans les heures qui suivent. »
Avec le recul, cette phrase ressemble moins à une hypothèse qu’à une lecture attentive des rapports de force. L’entraîneur savait manifestement que son avenir ne dépendait plus uniquement du prochain match.
Mazembe, le coup de grâce
La suite s’est déroulée avec la discrétion d’un orage. Quelques jours plus tard, le 03 juin 2026, l’AS Simba s’incline lourdement face au TP Mazembe (4-1). Sur le banc, Écossais Mutombo assure déjà l’intérim. Le deuxième match de l’ultimatum devient alors une formalité administrative précédée de quatre buts encaissés.Les dirigeants n’ont plus besoin de longues réunions pour prendre leur décision.
Daoula Lupembe, un héritage malgré tout
Cette séparation ne doit cependant pas effacer le bilan. Sous Daoula Lupembe, l’AS Simba a remporté la première Coupe du Congo de son histoire. Le club a découvert les compétitions africaines et changé de dimension dans le football congolais. Peu d’entraîneurs peuvent quitter un club en laissant derrière eux un trophée historique et une page entière dans les archives.
Mais le football possède une mémoire sélective. Il célèbre les exploits du passé tout en exigeant des résultats pour le week-end suivant.À Kolwezi, les ambitions ont grandi plus vite que les résultats. Les dirigeants ont donc choisi de tourner la page. Une page importante, glorieuse par endroits, frustrante à la fin.
Et comme souvent dans le football, le héros d’hier est devenu l’ancien entraîneur d’aujourd’hui. Le classement n’a jamais été réputé pour son romantisme.
Par Marco Emery Momo





