À l’occasion de la célébration du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, la coalition d’ONG et mouvements citoyens « Le Congo n’est pas à vendre » (CNPAV) tire la sonnette d’alarme sur la persistance des inégalités sociales dans le pays. Dans une étude présentée, lundi 29 juin, lors d’une conférence de presse tenue simultanément dans plusieurs villes du pays, le consortium a mis en lumière de profondes disparités de revenus au sein de la fonction publique.
Malgré une augmentation notable du budget de l’État au cours des dernières années, la situation sociale des Congolais reste préoccupante. Selon le rapport du CNPAV, plus de 70 % de la population vit encore avec moins de 2,15 dollars par jour, illustrant un décalage marqué entre les ressources mobilisées et leur impact réel sur les conditions de vie.
Pour la coalition, ce constat met en évidence un paradoxe : la croissance des finances publiques ne profite pas équitablement à l’ensemble de la population, en particulier aux agents de l’État.
Une fonction publique à deux vitesses
L’enquête, menée sur la période 2020-2025, dresse un tableau critique de la gouvernance budgétaire en RDC. Elle révèle une fonction publique profondément marquée par des inégalités, où une minorité de hauts cadres capte une part importante des ressources, tandis que la majorité des agents peine à subvenir à ses besoins.
« Pendant qu’une minorité bénéficie de rémunérations importantes, la majorité des agents de l’État peine à joindre les deux bouts », souligne le rapport.
Ces déséquilibres ont des conséquences directes sur le fonctionnement de l’administration publique. Lambert Bakonda, membre du consortium, mis en garde contre les effets de cette situation sur le développement du pays :
« Il y a des conséquences sur le développement. Nous constatons qu’il y a des grèves partout. Les agents ne sont pas performants pour fournir un travail de qualité faute de moyens. Il y a même des bureaux dépourvus de mobilier… »
Un impact sur l’économie et le tissu social
Selon le CNPAV, ces inégalités salariales contribuent à fragiliser l’économie nationale et à détériorer le tissu social. Le manque de moyens des agents publics affecte non seulement la qualité des services rendus à la population, mais alimente également un climat de frustration généralisée.
La coalition estime que cette situation nuit à l’efficacité de l’État et freine les efforts de développement, dans un contexte déjà marqué par de nombreux défis économiques et sécuritaires.
Des recommandations pour une meilleure justice sociale
Face à ce constat, le consortium « Le Congo n’est pas à vendre » appelle à des réformes urgentes. Parmi les principales recommandations figurent :
la réduction du train de vie des institutions politiques ; une répartition plus équitable des revenus nationaux ; une meilleure orientation des dépenses publiques vers les secteurs sociaux.
Pour le CNPAV, il est impératif que la hausse du budget de l’État se traduise concrètement par un niveau du vie des citoyens.
La corruption pointue du doigt
Le coordonnateur de la coalition, Dirk Shaka, estime que ces inégalités sont également à l’origine de nombreuses antivaleurs au sein de la fonction publique.
Selon lui, la faiblesse des salaires favorise des pratiques telles que la corruption et les paiements illicites.
« Ce fléau est à la base de nombreuses antivaleurs, notamment la corruption et les paiements industriels », a-t-il déploré.
Pour y remédier, il préconise notamment le paiement de salaires décents, susceptibles de permettre aux agents de l’État de vivre dignement et de subvenir aux besoins de leurs familles.
Un appel à une gouvernance plus équitable
En cette période de commémoration nationale, le message du CNPAV se veut à la fois un cri d’alerte et un appel à l’action. La coalition exhorte les autorités à adopter une gouvernance budgétaire plus équitable, capable de réduire les inégalités et de restaurer la confiance des citoyens envers leurs institutions.
Pour ces organisations de la société civile, la véritable indépendance économique de la RDC passe notamment par une gestion plus juste et transparente des ressources publiques, afin que celles-ci profitent réellement à l’ensemble de la population.






