Dans la commune de Bumbu à Kinshasa, l’un des poumons économiques de la commune ne respire plus. Entre les tuyaux de la Régie de distribution d’eau (REGIDESO) éclatés, montagnes de déchets et « fiscalité » pour l’assainissement communautaire du week-end, (Salongo) par certains agents de l’ordre, le marché Selembao est devenu un bourbier à ciel ouvert que les clients désertent massivement.
Les reporters de Radio Okapi qui se sont rendus sur place le week-end racontent :
L’ambiance n’est plus aux bonnes affaires au marché Selembao. Là où résonnait autrefois les cris joyeux des vendeurs et les négociations animées, règne aujourd’hui une odeur nauséabonde et un silence inquiétant. Les étals, autrefois achalandés, luttent désormais pour émerger d’un océan d’ordures et de boue.
Pour les commerçants comme pour les riverains fréquentés, le constat est sans appel : l’insalubrité à pris le dessus sur l’activité économique.
Des infrastructures défaillantes en cause
L’un des principaux coupables de ce désastre est souterrain. Selon les témoignages sur place, la vétusté du réseau de distribution d’eau paralyse le site.
« La première cause de l’insalubrité, c’est l’état des tuyaux de la REGIDESO », explique un vendeur dépité. « Après une longue pénurie il y a dix ans, le rétablissement de l’eau a provoqué la rupture de plusieurs conduites détériorées. Aujourd’hui, cela provoque des fuites permanentes, créant des mares stagnantes et des inondations en plein cœur du marché. »
Gestion de l’assainissement « Salongo »
Outre les problèmes techniques, c’est la gestion de l’assainissement qui est pointue du doigt. Le traditionnel « Salongo » (travaux communautaires) de chaque samedi, censé garantir la propreté des lieux, n’est plus qu’un souvenir lointain.
Le système semble s’être grippé au profit de pratiques illicites. Plusieurs vendeurs dénoncent une raquette organisée qui remplace le coup de balai par un billet de banque. « Ici, le salongo ne se fait plus. Certains policiers passent seulement pour exiger 500 francs. Une fois que vous payez, vous êtes tranquilles pour vendre, sans vous soucier de la propreté », s’indigne un habitué des lieux.
Les ventes affectées
Cette dégradation environnementale a une conséquence directe et dramatique : la fuite de la clientèle a rapporté plusieurs vendeurs dans ce lieu de négoce.
Les acheteurs, rebutés par l’insalubrité et la difficulté d’accès aux allées transformées en bourbiers, préfèrent s’approvisionner ailleurs.
Résultat : les chiffres d’affaires s’effondrent et le moral des commerçants est au plus bas. Face à cette agonie lente, les acteurs du marché Selembao lancent un cri de détresse aux autorités urbaines. Ils réclament des travaux de plomberie d’urgence, une véritable politique de ramassage des déchets et le rétablissement d’un service d’assainissement rigoureux avant que ce carrefour vital de Bumbu ne disparaisse totalement.





