Il y a, dans le football, des discours qui résonnent comme des évidences au moment où ils sont prononcés. Et qui, quelques mois plus tard, sonnent presque comme des souvenirs mal rangés. L’histoire récente de l’AS New Soger ressemble à cela. Une ambition claire. Un projet affiché. Puis, lentement, une réalité qui s’effrite. Et au centre de ce récit, un homme. Raoul Shungu.
Le temps des promesses
Tout avait pourtant commencé avec des certitudes. Au moment d’évoquer la saison nouvelle saison, le président Lunda Ndalamba ne cachait ni ses attentes, ni sa vision. Le choix de Raoul Shungu n’avait rien d’un hasard. « Raoul Shungu, je ne l’ai pas pris juste pour aller en Afrique. Il y a un contrat signé avec lui. Il n’est pas seul ,il y a toute une cohorte d’encadreur ».
Il parlait d’un technicien formé, structuré, presque rare dans le paysage. Un homme capable de penser le football au-delà du simple résultat. Dans ses mots, il y avait déjà une projection. Presque une promesse d’avenir : « Raoul Shungu, je l’ai pris parce qu’il a plusieurs diplômes liés au développement du football. J’ai échangé avec lui depuis longtemps et j’ai compris qu’il est parmi les rares . Ne soyez pas étonnés de voir qu’il n’est plus entraîneur de New Soger mais, qu’il s’occupe du développement de New Soger », annonçait le président Lunda Ndalamba.
Raoul Shungu n’était pas seulement là pour entraîner. Il pouvait, un jour, s’inscrire dans le développement global du club. Le projet semblait posé. Solide. Ambitieux. Et surtout, il ne se limitait pas à une saison.
L’objectif affiché : voir plus haut
Du côté du banc, le discours suivait la même ligne. Shungu ne parlait pas de maintien. Il parlait d’élévation. « On a envie d’aller plus loin. Les joueurs connaissent notre objectif, c’est le discours, c’est de jouer les play-offs. Ils sont conscients », avait-il déclaré avant de croiser l’AS Saint-Luc en déplacement à Kananga (ndlr : Soger avait perdu en déplacement face aux locaux 1-0, le 1er mars 2026 ).
Les play-offs n’étaient pas un rêve lointain. C’était un cap. Une direction assumée. Dans le vestiaire, le message était clair. Les joueurs savaient où ils devaient aller. Ou du moins, ils pensaient le savoir.
Un moment suspendu face au géant
Puis il y a eu ce match. Un nul face au TP Mazembe le 16 novembre 2025 . Un de ces résultats qui ne changent pas un classement, mais qui modifient une perception. Ce jour-là, New Soger avait tenu. Résisté. On y voyait les prémices d’une équipe capable de rivaliser, même brièvement, avec plus grand qu’elle . Un instant suspendu. Mais parfois, le football est cruel avec ces moments-là. Ils donnent l’illusion d’une trajectoire qui n’existe pas encore.
La lente dérive
Car la suite n’a pas suivi. Les résultats ont commencé à glisser. D’abord doucement. Puis de manière plus nette. Les victoires se sont espacées (contre la JS Bazano 2-0, l’US Tshinkunku 3-0). Les défaites se sont installées (le 28 novembre 2025 contre Sanga Balende 3-0, le 7 décembre contre Malole 2-0 et quelques jours plus tard, 6-2 contre le FC Saint-Éloi Lupopo) . Et avec elles, un doute plus profond. Celui qui ne concerne plus seulement le terrain, mais le projet lui-même. L’équipe ne ressemblait plus à celle que l’on annonçait. Les ambitions semblaient, elles aussi, reculer.
Le point de rupture
La défaite face à la JS Groupe Bazano a été celle de trop. Pas forcément la plus lourde. Mais la plus symbolique. Vingt-quatre heures plus tard, la décision tombe. Raoul Shungu quitte le banc. « Résultats mitigés au sein de l’AS New Soger du Professeur et président Lunda Ndalamba, le coach principal de l’équipe, Raoul Shungu a été contraint par le comité dirigeant à démissionner. Chose faite et le comité Lunda Ndalamba a sans hésiter acté sa démission » , s’est empressé d’annoncer le club. La séparation est nette. Officielle. Les chiffres, eux, restent. Vingt-huit matchs dirigés. Huit victoires. Cinq nuls. Quinze défaites. Une douzième place. Des statistiques qui ne racontent pas tout. Mais qui suffisent à expliquer une rupture.
Dans la foulée, le club annonce un grand ménage. Staff remanié. Joueurs suspendus. Quand les résultats ne suivent plus, c’est tout l’édifice qui tremble. « Un grand nombre des joueurs locaux et expatriés remerciés dans les aires pour leurs pays d’origine, un autre lot des joueurs quittent Lubumbashi ce lundi et mardi. Certains membres du staff technique remerciés quittent Lubumbashi dans les heures qui suivent », avait communiqué le club sur les réseaux sociaux sociaux le dimanche 12 avril 2026.
Le paradoxe d’un projet
Il y a quelque chose de presque ironique dans cette histoire. On avait recruté un entraîneur pour construire. On l’écarte au moment où la construction n’a même pas atteint ses fondations. On parlait de développement. On se retrouve à gérer l’urgence. On visait les play-offs. Le club lutte aujourd’hui pour rester en première division. Le football aime ces retournements. Mais il expose aussi, parfois, une forme d’impatience.
Une ambition rattrapée par la réalité
Entre les mots du départ et la situation actuelle, l’écart est frappant. D’un côté, un projet structuré, presque réfléchi. De l’autre, une équipe en difficulté, en quête de points, en quête de stabilité. Comme si le temps avait accéléré. Ou comme si les bases n’étaient pas aussi solides qu’on le pensait.
Ce qu’il reste
Il reste des déclarations . Des phrases qui, aujourd’hui, prennent une autre couleur. Il reste aussi un passage. Bref, mais révélateur. Celui d’un entraîneur venu avec une idée, et reparti avant d’avoir pu la défendre jusqu’au bout.
Et puis il reste une question. Pas forcément posée à voix haute. Mais bien présente. Dans ce genre de trajectoire, faut-il accuser les résultats ou interroger la manière dont on construit ?
Une histoire inachevée
L’histoire entre l’AS New Soger et Raoul Shungu n’aura pas duré une saison. Elle laisse derrière elle une impression étrange .Celle d’un projet qui n’a jamais vraiment eu le temps d’exister. Et dans un championnat où tout va vite, cela suffit parfois à tout faire basculer.
Les résultats de l’AS New Soger en championnat de la Linafoot Ligue 1
Par Marco Emery Momo






