Dans les rues de Matadi, le commerce de la ferraille est devenu une activité génératrice de revenus pour de nombreux jeunes confrontés au chômage. Chaque jour, ils parcourent les quartiers de la ville à la recherche de métaux usagés qu’ils achètent ou ramassent puis revendent à des dépôts spécialisés. Une économie de débrouille qui permet à plusieurs familles de joindre les deux bouts. Le reporter de Radio Okapi les a rencontrés lundi 3 aout dans les rues de la ville portuaire.
Dès les premières heures de la matinée, leurs voix résonnent dans les avenues de la capitale du Kongo-Central. En lingala comme en kikongo, ils annoncent leur passage en criant : « J’achète la mitraille (ferraille) ! J’achète la mitraille ! »
L’un de ces jeunes collecteurs explique que cette activité est devenue son principal moyen de subsistance.
« À 6 heures du matin, je suis déjà debout. Je fais le tour de la ville en criant : “J’achète de la mitraille !” On paie le kilo entre 200 et 250 francs congolais. Dans la vie, il faut se battre pour s’en sortir. Mieux vaut travailler durement que voler », confie-t-il.
Derrière ce commerce se cache une véritable chaîne d’activités. Certains jeunes sillonnent les rues pour récupérer ou acheter la ferraille auprès des habitants, tandis que d’autres se chargent du tri dans des dépôts spécialisés avant la revente aux acheteurs.
Dans l’un de ces centres de tri, Héritier Manuana, père de famille, passe ses journées à classer les différents métaux collectés à travers la ville.
« Nous sommes des parents et, grâce à ce travail, nous prenons soin de nos enfants. Ceux qui choisissent la voie du banditisme sont des paresseux. Nous, nous sommes des débrouillards. Nous préférons nous unir, travailler ensemble et aller de l’avant », affirme-t-il.
Pour ces jeunes, la récupération de la ferraille représente non seulement une source de revenus, mais aussi une alternative à la délinquance dans un contexte marqué par la rareté des opportunités d’emploi.
Les femmes aussi tirent profit de la filière
Cette activité n’est pas uniquement réservée aux hommes. De nombreuses femmes fréquentent également les dépôts de tri où elles trouvent la matière première nécessaire à leurs petites activités génératrices de revenus.
C’est le cas de Solange Tshanse, qui achète des morceaux de tôle pour fabriquer des braseros avec ses enfants.
« Je viens acheter des morceaux de tôle pour fabriquer des braseros avec mes enfants. Ils ont obtenu leurs diplômes, mais nous n’avons pas encore les moyens de les envoyer à l’université. En attendant, nous vivons de ce travail », explique-t-elle.
Cependant, la majeure partie de cette ferraille finit sa course dans une fonderie de métaux située à Kinshasa. Lorsque le dépôt atteint une quantité considérable de ferraille, les responsables de la vente chargent la marchandise dans un camion à destination de la capitale.
L’entreprise FAMECO en est le principal acheteur. Cette industrie de fabrication de barres de fer rachète la tonne de ferraille à 350 dollars américains. Selon l’importance de la récolte, les vendeurs peuvent réaliser de bonnes ou de moins bonnes ventes en termes de quantité. Mais dans tous les cas, assurent-ils, le gain est toujours garanti.
Un message aux autorités
À l’issue de leurs échanges avec Radio Okapi, ces acteurs de la récupération n’ont pas manqué de lancer un appel aux autorités urbaines. Pour eux, la campagne d’évacuation des épaves actuellement menée dans la ville constitue une opportunité économique qui pourrait bénéficier à de nombreux jeunes vivant de la ferraille.
Dans une ville où les emplois formels restent limités, le commerce des métaux usagés devient pour des centaines de personnes un secteur de survie. Entre débrouillardise, recyclage et solidarité, ces récupérateurs démontrent qu’il est possible de transformer les déchets en source d’espoir et de revenus.






