Alors que certains habitants des provinces du Grand Kasaï et du Grand Bandundu choisissent d’aller s’installer dans d’autres régions de la RDC faute des débouchées économiques dans leurs provinces, de nombreux jeunes choisissent de rester dans leurs milieux d’origine et de créer eux-mêmes des opportunités économiques. Face à la rareté des emplois formels et au ralentissement de certaines activités qui faisaient autrefois vivre des milliers de familles, ils misent sur l’entrepreneuriat de proximité pour subvenir à leurs besoins.
Dans le Grand Kasaï, par exemple, la situation économique a profondément changé au cours des dernières décennies. À Mbuji-Mayi, la Minière de Bakwanga (MIBA), autrefois principal pourvoyeur d’emplois de la région, n’offre plus les mêmes opportunités qu’auparavant. Parallèlement, l’exploitation artisanale du diamant, qui constituait une source de revenus pour de nombreux jeunes, a considérablement diminué.
Cette réalité a poussé certains habitants à migrer vers d’autres provinces à la recherche d’une vie meilleure. Mais d’autres ont choisi une voie différente : celle de l’auto-emploi.
Une jeunesse qui refuse la fatalité
Dans plusieurs quartiers de Mbuji-Mayi, de petits kiosques et commerces tenus par des jeunes ont vu le jour ces dernières années. Bureautique, lavage des véhicules, vente de crédits téléphoniques, produits alimentaires, fournitures diverses ou encore lubrifiants : les activités sont modestes mais permettent à leurs promoteurs de gagner leur vie.
C’est le cas de Simon Pierre Kefa, propriétaire d’un kiosque de bureautique à l’entrée du camp N’Sele.
« J’ai créé ma bureautique ici, à l’entrée du camp N’Sele. À travers cette activité, je prends en charge mes petites sœurs et nous achetons aussi la nourriture », témoigne-t-il.
Pour de nombreux jeunes, ces initiatives constituent une réponse concrète au manque d’opportunités d’emploi dans la région.
La débrouille comme moteur économique
D’autres misent sur les services de proximité. Depuis le début de l’année, Christian Muya s’est lancé dans le nettoyage des véhicules, motos et moquettes.
« Je prends le moteur, je travaille avec ça. Je nettoie les véhicules, les motos, même les moquettes. On me paie et je peux vivre grâce à ça », explique-t-il.
À travers ces activités, une nouvelle génération d’entrepreneurs tente de démontrer qu’il est possible de réussir sans quitter systématiquement sa province.
Pour Bijoux Binyanga, l’essentiel est d’oser entreprendre, même à petite échelle.
« Au lieu de tendre la main à gauche, à droite, ou d’attendre que le travail vienne, il faut toujours créer quelque chose de petit. Même vendre de la braise ou de l’eau. On peut toujours créer quelque chose », affirme-t-elle.
Des potentialités toujours présentes
Pour beaucoup de jeunes, ces initiatives représentent bien plus qu’une simple source de revenus. Elles traduisent une volonté de préserver leur dignité tout en contribuant à l’économie locale.
Malgré des indicateurs de développement encore faibles par rapport à d’autres régions du pays, les provinces du Grand Kasaï et du Grand Bandundu disposent, selon plusieurs observateurs, d’importantes potentialités humaines et économiques.
Cependant, les défis restent nombreux. La plupart de ces activités évoluent dans le secteur informel, souvent confronté à des difficultés récurrentes telles que la pression fiscale, le manque d’infrastructures adaptées, l’accès limité au financement et l’insuffisance de l’accompagnement des petites entreprises.
En dépit de ces obstacles, de plus en plus de jeunes refusent de céder au découragement. À Mbuji-Mayi comme dans d’autres villes de l’intérieur du pays, ils démontrent qu’avec de l’ingéniosité et de la persévérance, il est possible de créer des opportunités là où beaucoup ne voient que des difficultés.






