Dix ans après sa disparition brutale sur scène à Abidjan, le 24 avril 2016, Radio Okapi remet en lumière une interview réalisée en mars 2007 avec Papa Wemba, figure emblématique de la rumba congolaise. Cette archive dévoile les aspirations profondes de l’artiste, son regard sur la société et sa vision de la musique. Dans cet entretien, Papa Wemba revient sur son parcours et sur la place qu’il accordait à la musique dans sa vie.
Né à Lubefu, dans le Sankuru, le 14 juin 1949, avant de grandir à Kinshasa où il allait découvrir la musique, Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba évoque avec émotion ses parents : son père, ancien militaire reconverti en fonctionnaire, et surtout sa mère, dont il était très proche. « Comme papa était un homme à femmes, il laissait de temps en temps ma mère seule avec moi. Et c’est pourquoi je suis beaucoup plus proche de ma mère », confiait-il, offrant un regard intime sur ses origines familiales.
Le public découvre alors une star profondément attachée à ses racines, conscient que son histoire familiale a façonné son identité artistique et son regard sur la société. « Papa voulait à tout prix que je devienne quelqu’un dans la société », disait-il.
Dans l’interview de 2007, il relate l’origine de son nom de scène : « Le nom de Papa Wemba m’a été collé par un groupe de jeunes dames qui, lorsqu’elles m’apercevaient dans la rue, m’appelaient papa ! papa ! papa ! Et puis, un jour, l’une d’elles y a ajouté le diminutif de mon prénom, Wembadio, qui est Wemba. Je lance des fleurs à cette jeune dame qui, la toute première fois, m’a appelé Papa Wemba. Et j’ai opté pour ce nom comme étant mon nom de scène. »
Ses débuts et la création de Viva La Musica
Papa Wemba avait raconté avec passion ses débuts dans la musique, retraçant le chemin qui l’a conduit à la création de son propre orchestre. Parti d’abord de Zaïko Langa Langa, où il fit ses armes et se forgea une réputation de chanteur charismatique, il lança en 1977 son orchestre mythique Viva La Musica. « En 1975, c’est la rupture avec Zaïko et deux ans après, le début de Viva La Musica. J’ai décidé de créer mon propre groupe parce que mes amis étaient tous à mes côtés pour me dire que j’avais du charisme, que j’avais une voix », expliquait-il.
Un regard lucide sur la musique et la société
Papa Wemba s’exprimait avec une grande clarté sur sa vision de la musique et son rapport à la jeunesse. Pour lui, la chanson ne devait pas se limiter à faire danser. Il insistait sur la responsabilité des artistes vis-à-vis des nouvelles générations, affirmant que la musique pouvait être un outil d’éducation et de transformation sociale, rappelant son engagement dans le combat contre les mines antipersonnel. « Il y a des problèmes propres au Congo, par exemple les mines ou d’autres problèmes de guerre, mais c’est quand même rare de voir des musiciens congolais s’intéresser à d’autres sujets que le bolingo (amour) », affirmait-il.
Papa Wemba voyait aussi la musique comme un espace de créativité et de modernité, où il fallait oser mélanger les styles et innover : « Je crois que je suis un artiste qui prend des risques, je prends des risques en allant très loin dans mes cordes vocales, en allant très loin aussi dans les styles musicaux. J’ai apporté beaucoup dans cette musique congolaise. Quand j’ai amené un instrument traditionnel, le lokole, c’était une révolution. »
Ses déboires avec la justice européenne
Papa Wemba évoquait aussi, avec franchise, ses démêlés judiciaires en Europe, notamment son arrestation en France au début des années 2000 dans une affaire de « filière d’immigration clandestine » liée à ses tournées musicales, qui lui valut trois mois et demi d’emprisonnement.
Il reconnaissait que cette période avait été une épreuve douloureuse : « La prison n’est pas bonne. Ne laissez jamais vos enfants commettre du mal et se retrouver en prison », confiait-il.
Ces déboires judiciaires montrent un Papa Wemba vulnérable, conscient de ses failles mais déterminé à transformer ses expériences en leçons pour lui-même et pour les générations futures.
Ses propos de 2007 résonnent encore aujourd’hui, dix ans après sa disparition, comme un testament artistique et humain. Papa Wemba reste une figure incontournable de la culture congolaise, un artiste visionnaire qui a su allier tradition et modernité, tout en portant haut la voix de son peuple.
Vous pouvez suivre ici l’intégralité de cette interview réalisée par Georges Kamudjova, d’heureuse mémoire :
/sites/default/files/2026-04/0307-p-f-grandtemoinpapa_wemba-00-web.mp3






