Une baleinière à destination de Nioki, dans la province du Mai-Ndombe, dans le sud-ouest de la RDC, a fait naufrage dans la nuit du 18 au 19 août 2024. Des 200 passagers qui se retrouvent à bord, seule une quarantaine ont été sauvés. De nombreux corps continuent à être repêchés. Face aux autorités qui font la sourde oreille devant des naufrages à répétition dans cette région, l’évêque d’Inongo, Mgr Donatien Bafuidinsoni, souligne l’urgence d’agir pour prévenir ces genres d’accidents.
Stanislas Kambashi, SJ – Cité du Vatican
« Que dire ? Je manque des mots pour exprimer, une fois encore, mon désarroi et ma tristesse face à un naufrage de plus dans la province de Mai-Ndombe, une province dont la réputation en termes de naufrage n’est plus à défendre. Ma désolation est à son comble», écrit Mgr Donatien Bafuidinsoni dans une lettre signée le 20 août. L’évêque d’Inongo, dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo (RDC) décrit un récit tragique qui révolte les habitants du Mai-Ndombe. Pour une énième fois, ils ont perdu des parents et des proches dans des circonstances qui pouvaient être évitées. Alors que la rentrée scolaire pointe à l’horizon, et que les esprits sont tournés vers sa préparation, ces congolais doivent d’abord soigner la quarantaine des personnes sauvées, continuer à repêcher des corps et enterrer des morts.
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Un accident de trop, qui pouvait être évité
La baleinière « Jésus, vainqueur » était partie de Likwangola à destination de Nioki, avec 200 passagers à bord. Elle est arrivée à Tolo dans la soirée pour une escale. Au lieu d’y passer la nuit, l’équipage a préféré prolonger le voyage, malgré le manque d’éclairage nécessaire pour prolonger la navigation. Autour de 19h00, -heure de Kinshasa- l’embarquement «à cogné un tronc d’arbre, à peine sorti à la surface des eaux, à plus ou moins dix mètres du rivage». Elle s’est alors totalement renversée, la partie Inférieure se rétrouvant à la surface des eaux, « avec des passagers coincés dedans ». Ceux qui étaient au-dessus de l’engin ont probablement été projetés dans l’eau. Le jour, cet accident pouvait être évité, car le tronc d’arbre était bien visible, regrette l’évêque.
Dans province, rappelle-t-il, «les embarcations navigantes sans repères, avec tous les risques possibles». La situation s’empire «quand elles s’obstinent à naviguer la nuit, du fait de l’entêtement des matelots, des réclamations des passagers eux-mêmes, avec la complicité des autorités fluviales souvent corrompues et peu soucieuses de la vie des passagers» .
Naufrage d’une baleinière portant 200 passagers dans la province du Mai-Ndombe, en République démocratique du Congo, dans la nuit du dimanche 18 au lundi 19 août 2024.
Le désarroi de la province du Mai-Ndombe
Mgr Bafuidinsoni exprime son indignation et constate que les nombreux cris d’alarme de la population du Mai-Ndombe «ne tombent que dans les oreilles des sourds». Les autorités, qui brillent par leur silence et leur inaction, ne voient plus les conditions précaires dans lesquelles voyagent leurs compatriotes. «Leurs cœurs ne saignent plus devant ces naufrages à répétition sur nos rivières et lacs». Elles se montrent «incapables de proposer des solutions efficaces ou de prendre des décisions suivies d’effets, comme l’interdiction de voyages nocturnes, la surtaxe et l’établissement des manifestes fantaisistes», déplore le prélat.
Il est urgent d’agir. Ne pas se contenter de proposer la poudre de perlimpinpin
Pour résoudre de manière efficace ce problème et prévenir ce genres d’incidents malheureux, l’évêque d’Inongo conjure les nouvelles autorités de la province à être plus attentives «aux conditions de voyage, au type et à la qualité des embarcations susceptibles de voyager nos rivières et lacs». Il en appelle à la sensibilité des hommes d’affaires ou des entrepreneurs épris de philanthropie, afin de doter le Mai-Ndombe de moyens de transport dignes et fiables. Par ces actions, «ils feront œuvre utile au profit de la population» et contribueront à sauver des vies humaines, en particulier le nombre des naufrages des embarcations de fortune qui abondent dans cette partie de la RDC. «Il s’agit cette fois-ci d’agir et non de nous proposer, encore et toujours, la poudre de perlimpinpin», insiste le prélat congolais.
Mgr Bafuidinsoni conclut sa missive en présentant ses condoléances aux familles endeuillées, dont celle d’un des prêtres du diocèse d’Inongo « qui a perdu sa grande sœur et son beau-frère ». Tous deux, comme certains autres passagers, se rendaient à Nioki pour préparer la rentrée scolaire de leurs enfants, a témoigné un habitant d’Inongo, capitale du Mai-Ndombe. Tout en les assurant de ses prières, l’évêque exprime ses encouragements et sa «gratitude envers tous ceux qui luttent avec les moyens du bord pour retrouver les corps et leur offrir une sépulture honorable».





