Le Conseil urbain de la jeunesse de Bukavu s’oppose à la décision du gouvernement de suspendre temporairement les activités académiques dans plusieurs établissements publics de Goma et Bukavu. Dans une lettre ouverte publiée mercredi 26 août, cette structure alerte sur les conséquences de cette mesure pour les étudiants concernés.
Le Conseil urbain de la jeunesse estime que la suspension touche plus de 25 000 étudiants dans les institutions publiques. Il s’interroge notamment sur les conditions dans lesquelles ceux qui seraient amenés à poursuivre leurs études dans d’autres villes pourraient être pris en charge.
Junior Kamwele souligne que les familles de Bukavu font déjà face à d’importantes difficultés économiques, ce qui limiterait leur capacité à financer le déplacement et l’installation de leurs enfants à Beni, Butembo ou Bunia.
« Rien n’est dit sur le mécanisme de prise en charge : le gouvernement va-t-il assurer leur logement, leur nourriture et la couverture de leurs frais académiques là où ils iront ? », s’interroge-t-il.
Un appel aux élus du Sud-Kivu
Pour le Conseil urbain de la jeunesse, la situation économique à Bukavu doit être prise en compte dans l’application de la mesure. La structure estime que les étudiants ne disposent pas nécessairement des moyens nécessaires pour poursuivre leur cursus en dehors de la ville.
Elle qualifie ainsi la décision de « suicidaire » pour les étudiants concernés et interpelle les élus du Sud-Kivu à Kinshasa. Le Conseil leur demande de défendre les intérêts des jeunes confrontés aux conséquences de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC.
Réaction de Denis Mukwege
Le prix Nobel de la paix, Dr Denis Mukwege, a lui aussi dénoncé ce mercredi 26 août, dans un communiqué, les nominations de nouvelles autorités académiques par les mouvements armés AFC/M23/RDF dans les institutions supérieures et universitaires des zones sous occupation, ainsi que la suspension des activités académiques décidée par le régime de Kinshasa.
« Après la fermeture des aéroports, des banques, la restriction de l’aide humanitaire et des mouvements de la population, la fermeture des universités vient resserrer l’étau sur 12 millions de nos compatriotes du Nord et du Sud-Kivu abandonnés à leur triste sort… Briser aujourd’hui leur espoir de rêver, d’apprendre, de se former pour réaliser leurs aspirations et servir notre société, est une ligne rouge inacceptable », avait-il déploré dans ce document.
Des raisons sécuritaires
Dans un arrêté datant du 20 août, le Gouvernement congolais a décidé de suspendre, jusqu’à nouvel ordre, les activités académiques et par-académiques dans 11 établissements publics d’enseignement supérieur situés à Goma (Nord-Kivu) et à Bukavu (Sud-Kivu), deux villes actuellement sous contrôle de l’AFC/M23, en raison de la situation sécuritaire. La mesure a été prise par la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Sombo Ayanne Safi Mukuna Marie-Thérèse.
L’arrêté concerne l’année académique 2026-2027. Il suspend notamment les inscriptions, réinscriptions, enseignements, évaluations et délibérations dans les établissements concernés. Le ministère justifie cette décision par « la situation sécuritaire particulièrement préoccupante » qui prévaut dans les villes de Goma et de Bukavu, tout en évoquant la nécessité de garantir la sécurité des étudiants et du personnel ainsi que la régularité des titres académiques délivrés en République démocratique du Congo.
L’arrêté prévoit néanmoins une exception pour les étudiants finalistes de l’année académique 2025-2026 dont le cursus n’a pas pu être achevé. Ils sont autorisés à présenter leurs évaluations ou à accomplir les activités académiques nécessaires à la finalisation de leur formation au sein d’établissements publics ou privés dont les autorités sont légalement établies par la République démocratique du Congo ou régulièrement constituées.




