La société civile, forces vives de Lubutu, tire la sonnette d’alarme face à la montée du détournement d’usage des médicaments par les jeunes de ce territoire du Maniema. Dans une interview accordée mercredi 10 juin à Radio Okapi, cette structure citoyenne a rapporté que, depuis plusieurs mois, de nombreux jeunes ont développé l’habitude de consommer abusivement du tramadol, un antidouleur appartenant à la famille des opioïdes (comme la morphine, mais généralement moins puissant).
Souvent utilisé pour soulager les douleurs modérées à intenses chez les adultes, le tramadol présente, selon les experts de la santé, des risques de dépendance ainsi que des effets secondaires. Pris sans indication ni suivi médical, il représente un danger immédiat, pouvant entraîner un arrêt respiratoire, ainsi qu’un risque élevé d’addiction rapide.
Selon la société civile, forces vives de Lubutu, certains jeunes consomment 10 à 12 capsules en une seule prise pour provoquer un effet dopant. Une pratique jugée extrêmement dangereuse, qui entraîne notamment des troubles psychiques, des comportements violents et incontrôlés, pouvant conduire à des accidents.
La même source renseigne que ces jeunes consomment souvent ce médicament en association avec le chanvre et des boissons fortement alcoolisées, communément appelées « Zododo ».
Face à cette situation, la société civile tire la sonnette d’alarme et craint une dérive inquiétante pour la jeunesse locale.
Jean-Pierre Mutoro Mumbere, président de la société civile, forces vives de Lubutu, estime que l’avenir des jeunes et des générations futures de la province est menacé par cette dérive :
« La société civile, forces vives de Lubutu, dénonce la prise excessive du produit médical dénommé tramadol par les jeunes, notamment les joueurs, les motards et d’autres groupes. Cette situation entraîne une déstabilisation psychique, des insultes, des bagarres et un manque de contrôle vis-à-vis des autorités locales, des parents et de la société en général. Nous recommandons aux autorités compétentes de prendre des mesures adéquates, notamment en fermant les lieux appelés « guetos » (Ndlr : repaires de jeunes toxicomanes) ».
L’absence de contrôle sanitaire favorise la vente libre du produit
Vendu entre 500 et 3 000 francs congolais, le tramadol est disponible dans plusieurs pharmacies de la province et est souvent commercialisé sans ordonnance médicale, une situation qui favorise l’expansion de ce phénomène chez les jeunes du Maniema.
En 2025, dans la province de l’Ituri, située à des centaines de kilomètres du Maniema, la zone de santé de Mambasa, confrontée à la même dérive chez les jeunes consommateurs, avait tenté de convaincre les pharmaciens et les autorités d’adhérer à une mesure visant à réserver la vente de ce médicament uniquement sur ordonnance et à limiter son usage au milieu hospitalier. Toutefois, cette proposition n’a pas fait l’unanimité au sein du secteur pharmaceutique local.





