Dans la vie comme dans le foot, certaines chutes sont irréversibles ; elles scellent le destin et éteignent toute capacité de rebond. Longtemps abonnée à l’honneur et au prestige dans le football congolais, l’AS Vita Club semble tomber dans une crise sans issue, tel un enfant perdu dans un carrefour ténébreux qui demande le chemin et attend une lumière qui ne vient pas. L’ADN moscovite de la gagne s’est décimé au profit d’une répétition de mauvais résultas et des saisons ratées. Après avoir cravaché pour arracher sa qualification aux playoffs cette saison, AS Vita Club a entamé cette phase par deux défaites consécutives à Lubumbashi, un signe avant-coureur d’une fin de saison incertaine.
L’absence du club en Coupe d’Afrique la saison dernière n’en est pas moins le reflet de sa santé sportive en déliquescence depuis 3-4 ans. Alors que les fanatiques attendaient le réveil des Dauphins Noirs en cette phase des playoffs, ils ont découvert avec émoi que leur club n’est pas prêt, pas encore. Il continue à naviguer de ses zones de turbulences qui précèdent souvent le crash de fin saison.
Comment un tel symbole a-t-il pu vaciller ? Comment le colosse d’hier est-il tomber si bas qu’il n’inspire plus la terreur d’autre fois ? Comment VClub a perdu sa force en chemin, abandonné son bouclier d’or pour s’avancer en guerre sans âme et sans orgueil ? Les 5 racines d’une crise profonde…
Un leadership défaillant à tous les étages
La crise qui a pris place chez les Vert et Noir tire sa racine du sommet. Ce serait trop facile de blâmer les joueurs et les entraîneurs et oublier ceux qui conçoivent et exécutent le projet du club. Plus les années passent, plus la situation se rapproche de l’irrémédiabilité, de l’affaissement total de la structure, faute à un leadership défaillant, aux méthodes vieillissantes. Depuis le départ de Gabriel Amisi, VClub est rentré dans une lente usure, une sorte de mort silencieuse que personne n’a su prévenir ni même contenir la progression. Ses successeurs, censés construire sur les fondements laissés, n’ont élevé aucun mur, pas un seul. Le club sombre et continue à sombrer.
De Bestine Kazadi à Flory Mapamboli en passant par Amadou Diaby, personne n’a réussi à repositionner l’équipe. Tous assoiffés de pouvoir mais dépourvus d’une vision claire pour donner à VClub une direction. Des paroles douces, des discours raffinés à côté d’un semblant d’audace et de détermination ne bâtissent pas une équipe, de surcroît grande et populaire. Là où il fallait planifier, mobiliser stratégiquement les moyens pour bâtir, ils ont tous choisi la voie du fanfaron.
Promettre ciel et terre, sans réellement maîtriser les réalités de la sphère. Par conséquent, chaque président qui s’en va, amène sa vision et ses projets avec lui, celui qui vient après doit repartir à zéro. Et, les exploits du terrain se refusent à l’équipe, catégoriquement. L’AS VClub se trouve dépouillée de ses forces, désarmée et déboussolée, en attente d’un rebondissement que seuls le changement d’entraîneurs et le recrutement des joueurs ne peuvent procurer.
Instabilité institutionnelle, fracture et crise de confiance !
À force de céder aux caprices des fanatiques insatisfaits et du conseil de ceux qui s’appellent “sages”, l’AS VClub morfond aujourd’hui dans un trou sans fond. La crise institutionnelle s’installe durablement au sein d’un club qui a dit adieu à la discipline et la stabilité.
En 6 ans, 4 présidents. Ironie du sort, nul ne finit son mandat. Symbole inéluctable d’une fracture entre la direction et la masse des supporters. La confiance s’est brisée, la patience est partie. Les dirigeants promettent des choses qu’ils ne réalisent pas, et les fans n’ont pas toujours un coeur suffisamment grand pour comprendre, pour attendre.
Inflexibilité devant la réalité du temps
Si nous avons épinglé le leadership défaillant comme racine principale des maux qui rongent le club, il est ici nécessaire de reconnaître que, les dirigeants de VClub n’ont plus le temps qu’il faut pour asseoir leur modèle de gestion sur un club avide des succès, avec des supporters emprisonnés dans une nostalgie assoupissante.
Si Gabriel Amisi a eu besoin de 13 années pour réaliser ce qu’il an accompli et léguer l’héritage que beaucoup saluent aujourd’hui, l’on se demande aujourd’hui comment le club, ou mieux ses sages et ses fans n’arrivent pas à appréhender davantage la notion du temps lorsqu’il s’agit de bâtir ce qui dure. Moïse Katumbi est à la tête du TP Mazembe depuis plus de 25 ans, l’histoire qu’il a écrite, au milieu parfois, des échecs et des doutes, ne sera pas oubliée.
Incostance normalisée du staff technique
Autant le président a besoin de temps pour transformer sa vision en réalité, il est autant nécessaire pour les coachs d’avoir du temps, afin de mettre en place une équipe solidement bâtie et performante, assise sur une vision de jeu claire. C’est un langage que personne ne comprend à VClub. Depuis le départ de Florent Ibenge en 2021, le club est déjà à son 7e entraîneur sans compter les intérimaires. Une manière surréaliste de faire pour une équipe en quête de résultats et de régularité.
Les raisons des départs des entraîneurs sont souvent floues. Le club parlant d’une rupture à l’amiable, these qui passe jusqu’à ce qu’un coach prenne la parole et crache le morceau. On découvre plusieurs vérités cachées derrière les rideaux verts et noirs. La direction de Vita Club a coutume de se dérober de ses engagements envers les entraîneurs, probablement en raison de sa capacité financière limitée. Une réalité que implacable à l’heure qu’il est.
Politique recrutement biaisée
Qui recrute pour VClub sur base de quels critères le fait-il ? Sur une fenêtre de transferts, les Dauphins Noirs peuvent accueillir jusqu’à 15 joueurs, mais en cours de saison on en voit que deux. Où sont passés les autres ? Pourquoi ont-ils été recrutés ? Des questions sans réponse.
La politique de recrutement a basculé dans le vide ces dernières années. Le club ressemble à fourre-tout, là où tout le monde peut venir et jouer et repartir tranquille, sans redevabilité. D’un côté, l’on veut construire une équipe pour une nouvelle dynamique mais de l’autre, on ramène les plus anciens usés par le nombre de piges et c’est à eux que les clés de l’équipe sont confiées.
L’intelligence stratégique utile pour réussir un mercato malgré un portefeuille léger, n’habite pas le QG des Moscovites. Tout a l’air d’être fait sans planification, les profils des coachs et des joueurs qui arrivent ressemblent à des choix faute de mieux. Deux joueurs sur 10 ou 15 recrutés donnent satisfaction sur le terrain. Et ce sont les deux qui seront justement vendus en fin de saison. Après, c’est table rase, on prend les nouveaux et on recommence le chantier, encore et encore.
Un lendemain incertain
Le Club de la capitale reviendra-t-il à son meilleur niveau ? L’avenir non préparé aujourd’hui s’annonce incertain. Sans une véritable révolution à tous les niveaux, la renaissance tant attendue de VClub n’arrivera pas. La cadences actuelle semble poser les jalons de 5 prochaines années de disette, dans l’illusion d’une grandeur passée.
Par Isaac BAMPENDE






