Elle a tutoyé les sommets du showbiz africain, trinqué avec des superstars comme Davido et fréquenté les salons privés de milliardaires nigérians. Aujourd’hui, c’est entre les murs du centre de réhabilitation de Gitagata que Mukaruziga Shakira, 34 ans, tente de reconstruire sa vie. Plongée exclusive dans les coulisses sombres et fascinantes du monde des « Slay Queens ».
Fuyant un amour toxique pour les gratte-ciels de Dubaï
Tout commence par une histoire d’amour qui tourne mal. À 20 ans, Shakira tombe sous le charme d’un footballeur burundais évoluant au Vita Club de Kinshasa, devenu par la suite une star au Rwanda. Mais le conte de fées vire au cauchemar : infidélités publiques, rejet de la belle-famille et violences psychologiques.
« Aller à Dubaï, c’était comme si le ciel me tombait dessus pour m’éloigner de lui. Chaque fois qu’on me disait l’avoir vu avec une autre fille dans un clip ou une voiture, mon cœur allait exploser », confie-t-elle.
Épuisée, elle contacte un réseau de copines « Slay Queens », confie son fils à des proches, et prend un aller simple pour les Émirats. L’objectif ? Oublier et briller.
La cour des grands : Hôtesse des VIP et confidente des stars
Arrivée à Dubaï en 2012, Shakira s’impose vite dans le milieu de la nuit comme « hôtesse ». Son rôle : accueillir et ambiancer les clients ultra-riches dans les clubs les plus huppés. Rapidement, son carnet d’adresses explose. Elle fréquente les enfants de présidents et l’élite de la scène musicale africaine.
« J’accueillais des Davido, des Kizz Daniel… J’ai vécu une vie où je côtoyais des gens extrêmement puissants au quotidien », raconte-t-elle.
Pourtant, contrairement aux clichés, Shakira refuse d’être une simple conquête d’un soir. Pour maintenir son statut et ne pas être jetée aux oubliettes par des stars éphémères, elle devient la connectrice, celle qui présente d’autres filles à ces hommes influents. Une stratégie, couplée à la protection d’un riche petit-ami kényan, qui la préserve un temps des dérives de la prostitution directe.Jets privés et mystères occultes : Le tournant nigérian
Mais le monde du lucre cache parfois des réalités glaçantes. L’épisode le plus troublant de sa vie survient lorsqu’elle est contactée pour rejoindre Ned Nwoko, célèbre politicien et milliardaire nigérian (et mari de l’actrice Regina Daniels).
Jet privé, arrivée à Abuja, et dîner somptueux façon banquet royal avec une dizaine d’autres filles venues de toute l’Afrique… le décor est planté. Mais l’ambiance bascule dans le mystique. Shakira raconte avoir été conduite dans une sorte de bunker souterrain rempli d’artefacts anciens et de paniers étranges.
Sans même qu’il n’y ait de relations intimes, le milliardaire lui remet une somme astronomique : 45 000 dollars en espèces et un téléphone de luxe. Un « argent facile » qui, selon elle, a un prix spirituel lourd. Dans ce milieu, les rumeurs de rituels occultes vont bon train : « Beaucoup d’étrangers, notamment des Nigérians, ne vous donnent pas cet argent pour rien. Ils viennent « chercher votre étoile ». Il y a des choses cachées, des énergies sombres derrière ces montagnes de billets. »La malédiction des billets verts : Descente aux enfers
Cet argent, qu’elle qualifie elle-même de maudit, va précipiter sa chute. De retour avec 45 000 dollars en poche, Shakira perd pied. Elle, qui ne consommait de la cocaïne que de façon récréative, plonge tête la première dans une grave addiction.
« Dès que j’ai vu tout cet argent, j’ai vrillé. J’ai appelé mon dealer. Je me suis enfermée dans une chambre pendant trois jours et j’ai fumé l’équivalent de 16 000 dollars de cocaïne. »Dans son délire, elle se fait voler 10 000 dollars. En l’espace d’un clin d’œil, la reine de la nuit perd tout. Ruinée, elle en est réduite à supplier ses anciennes « amies » Slay Queens – devenues pour certaines des personnalités influentes au Rwanda – pour mendier 1000 ou 2000 francs rwandais (moins de 2 dollars). Ses appels restent lettre morte. Après des passages par la délinquance et le vol pour financer sa dose, elle touche le fond, transite par le centre de Gikondo, pour finalement atterrir en réhabilitation à Gitagata.
Un message cash pour la nouvelle génération
Aujourd’hui en pleine reconstruction, l’ancienne star des nuits dubaïotes lance un avertissement cinglant aux jeunes filles éblouies par les filtres Instagram et l’argent facile :
« L’argent de cette vie ne sert à rien si vous ne l’investissez pas pour en sortir. Le temps ne se rattrape pas. Si vous n’utilisez pas ce capital pour créer un vrai business et changer de vie, demain, vous finirez comme moi. »Un témoignage rare et brutal qui écorne sérieusement le vernis glamour des Slay Queens, rappelant que derrière les coupes de champagne et les jets privés se cachent parfois des réalités destructrices.
Avec Igihe






