Le Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL) a appelé, ce jeudi 23 avril, la justice congolaise à récupérer plus de 34,6 millions USD de marchés publics jugés irréguliers, passés par le Fonds spécial de répartition et d’indemnisation en faveur des victimes des activités illicites de l’Ouganda (FRIVAO) entre 2022 et 2025.
Le communiqué de CREFDEL intervient alors que le procès de l’ancien coordonnateur du FRIVAO, Chançard Bolukola, s’est ouvert le 21 avril devant la Cour de cassation. Arrêté en juillet 2025, il est poursuivi pour détournement présumé des fonds destinés aux victimes de Kisangani et pour violation de la loi sur les marchés publics.
Le CREFDL révèle que plusieurs paiements ont été effectués en dehors des procédures légales. Le centre cité des entreprises publiques et privées comme bénéficiaires de sommes versées, selon lui, dans une totale opacité :
CONGO ENERGY : 14,9 millions USD pour la réhabilitation de la centrale de la Tshopo. SNEL : 9 millions USD pour le système électrique de Kisangani. ICCN : 4 millions USD versés contre une demande initiale de 767 564 USD. DIVO SARL : 512 000 USD pour un documentaire, dont une partie a été extournée en 2025.
Plusieurs paiements qualifiés de « douteux » à des sociétés comme GLOBAL ASSURANCE SERVICES (2 millions USD) ou HOTEL ZAMBEKE (1,5 million USD).
Le total des marchés irréguliers est évalué par le CREFDL à 34 637 955,66 USD.
Un procès qui révèle des sociétés « fictives »
Lors de la première audience, la juge présidente a relevé l’absence de localisation et d’identité claire de certaines entreprises bénéficiaires, mettant en lumière l’existence de sociétés fictives impliquées dans les marchés du FRIVAO.
Interrogé sur l’un des marchés, l’accusé Bolukola s’est montré évasif, affirmant seulement que l’entreprise se situerait « non loin de ShowBuzz, à Socimat » (Kinshasa), sans fournir d’adresse précise. Il a également reconnu ne pas connaître les responsables de la société.
Le cas de DIVO SARL, entendu comme témoin, illustre les soupçons d’opacité : la société aurait reçu plus d’un million USD pour un documentaire dont l’exécution reste floue.
Ce procès s’inscrit dans le cadre du versement par l’Ouganda de 325 millions USD à la RDC, en réparation des exactions commises entre 1998 et 2003 lors de la « guerre de six jours » à Kisangani. Une première tranche de 194 millions USD avait été encaissée en septembre 2022.
Nouvelles enquêtes ouvertes
Alors que la prochaine audience est attendue ce vendredi 24 avril, de nouveaux soupçons pèsent sur le FRIVAO. Le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, a ordonné au Procureur général près la Cour de cassation d’ouvrir des enquêtes sur des faits liés au FRIVAO et à l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN).
Selon un communiqué publié le 22 avril, un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) fait état d’un écart significatif de 3,3 millions USD entre le montant initialement sollicité (700 000 USD) et les fonds effectivement décaissés (4 millions USD) pour la réhabilitation du jardin zoologique et botanique de Kisangani. Le ministère évoque également des dépenses supérieures au niveau réel d’exécution des travaux, des écarts entre les montants engagés et les réalisations, ainsi que de graves insuffisances en matière de contrôle et de traçabilité.
Un test pour l’État de droit
Pour le CREFDL, les enquêtes judiciaires doivent s’étendre à l’ensemble des fonds encaissés depuis 2022, et les montants indûment investis doivent être confisqués puis reversés au Trésor public.
Ce procès est perçu comme un test majeur pour la justice congolaise : il met en jeu la transparence dans la gestion des réparations internationales et la capacité de l’État à protéger les droits des victimes de Kisangani.






